Cinq détails qui m’ont marqué lors de mon récent séjour en Afrique

Comme vous le savez certainement, j’ai passé les 5 dernières semaines en Afrique où j’en ai profité pour recharger les batteries et mener quelques études de prospective économique en vue de projets futurs. Ce séjour, le premier depuis un peu plus de cinq ans, fût riche en enseignements. J’évoquerais certainement mes activités sur le continent au fil des prochains articles de ce blog. En guise d’intro, je vous livre ici quelques constats rapides qui m’ont frappé pendant mon séjour. Il s’agit de choses qui n’existaient pas 5 ans plus tôt.

1. L’éclairage urbain alimenté par des panneaux solaires

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Quelle ne fut pas ma surprise en débarquant à Douala, de constater que des panneaux solaires avaient été implantés un peu partout en ville. Face au déficit important d’énergie, la solution solaire apparait la plus évidente. Surtout dans ces pays ensoleillés plus de la moitié de l’année. Selon les analystes, l’Afrique aura besoin d’investir environs 20 milliards de dollars par an pour satisfaire ses besoins en électricité d’ici à 2019. La construction des infrastructures (routières, énergétiques, réseaux telecom, eau potable…) représentent le plus gros défi de l’Afrique aujourd’hui et des solutions innovantes ne manqueront pas de voir le jour. La plupart des grandes villes africaines sont en pleine mutation et la croissance est spectaculaire.

2. Des émissions de télévision pour « apprendre le chinois »

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Autre surprise de taille: je suis tombé sur une émission de télévision locale dont l’objectif était d’apprendre le chinois au téléspectateurs. Face à mon étonnement manifeste, l’on me fit savoir plus tard que l’enseignement du chinois venait tout juste d’être introduit au programme scolaire de langues étrangères, à coté de l’anglais, de l’allemand et de l’Espagnol qui eux, sont enseignés depuis belle lurette. Si l’enseignement du Chinois n’est pas encore effectif faute d’enseignants, des centaines de professeurs sont formés depuis peu et servent pour la plupart dans d’autre services tels que le ministère des affaires étrangères. La Chine du fait de son poids économique est devenue le nouvel Eldorado des africains pour des études supérieures en technologie et en Management.

3. La « jeunesse » et l’énergie palpable de la population

AU Cameroun comme dans la plupart des pays d’Afrique, la moitié de la population a moins de 17 ans et les moins de 15 ans représentent 44 % de la population. Les personnes âgées de plus de 60 ans eux, ne représentent que 5,5 % de la population totale. Tout le contraire de l’Europe. Malgré une démographie urbaine en constante croissance, une majorité (de 55 % à 65 % selon les estimations) de la population demeure en zone rurale. 75 % de la main-d’œuvre urbaine travaille dans le secteur informel et la plupart tirent au moins une partie de leurs revenus de ce secteur informel. Cette situation fait naitre chez la plupart des jeunes un optimiste, un sens de la débrouillardise, et un esprit entrepreneurial qu’on retrouve nulle part ailleurs. Cette énergie ne demande qu’à être canalisée et soutenue pour produire des merveilles.

4. La reconnaissance du patrimoine traditionnel et ancestral

Alors que pendant longtemps la tendance était à l’adoption des valeurs occidentales, les choses semblent avoir changé. Il semble y avoir une réelle politique afrocentrée de la part de la plupart des dirigeants africains. Ainsi par exemple, j’ai été agréablement surpris de constater que les dialectes régionaux ont été récemment introduits au programme scolaire. De même les chefferies traditionnelles sont désormais reconnues en tant qu’institutions administratives républicaines au même titre que les mairies et les préfectures; et les chefs de village perçoivent un salaire versé par l’Etat.

5. La multiplicité de l’offre en terme de produits de consommation (services bancaires, supermarchés…)

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La présence croissante de marques africaines et asiatiques de qualité à coté de marques occidentales (de moins en moins en position de monopole) est frappante. En France, la plupart des services telecoms, bancaires, de grande distribution, etc. sont fournis par des entreprises françaises. La seule banque de détail étrangère qui me vient à l’esprit en France est HSCB. En Afrique, c’est tout le contraire. Des dizaines d’opérateurs se partagent des marchés encore en pleine éclosion et en pleine effervescence. Dans la téléphonie, MTN (Sud Africain), Viettel (Vienamien), Airtel (Indien) damnent le pion à Orange (longtemps leader). Dans les services bancaires au Cameroun, UBA (Nigeria), Ecobank (togo), Afriland First Bank, Attijariwafa Bank (Maroc) n’ont rien à envier à Société générale ou BiCEC (groupe Banque populaire).

Face à tous ces changements, à ce dynamisme, ce bouillonnement, une seule réflexion m’est venue à l’esprit: La mondialisation entrainera le monde vers une uniformisation des standards de vie, au détriment des classes moyennes des pays développés.

Un proverbe africain dit :

En Afrique, chaque matin un lion se réveille sachant qu’il devra courir plus vite qu’une gazelle sous peine de mourir de faim.

En Afrique, chaque matin une gazelle se réveille, sachant qu’elle devra courir plus vite que le lion, sous peine de perdre la vie.

Chaque matin, quand tu te réveilles, peu importe que tu sois un lion ou une gazelle, t’as intérêt à courir!

5 Commentaires Cinq détails qui m’ont marqué lors de mon récent séjour en Afrique

  1. une fan

    et au niveau de la mentalité de la population, as tu été constaté quelle chose à ce niveau après 5 ans? c-à-d sont t’ils un peu plus optimistes quand à leur avenir? les jeunes en Afrique sont t’ils un peu plus conscients des nouveaux enjeux mondiaux? ont ils cet esprit entrepreneurial qui brûle en toi et en certains africains de la diaspora ? ou rêvent t’il toujours tous de l’eldorado occidental? en tout cas je suis ravie que tu ai retenu beaucoup plus les aspects positifs que négatifs , ça donne espoir 🙂 bonne année à toi et longue vie à ton blog et à tes projets.

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    1. Neo

      @ Une fan,

      On ne peut pas dire que les mentalités aient beaucoup changé. Du moins, ce n’est pas ma perception. Mais les jeunes en Afrique sont globalement plus optimiste vis à vis du futur que ceux d’occident. De mon constat, l’eldorado n’est plus occidental mais chinois, sud-africain, équato-guinéen… Si l’occident attire, c’est pour le relatif « pouvoir d’achat » qu’il offre. En résumé, les gens aspirent beaucoup plus à vivre en Afrique tout en ayant des niveaux de revenus d’occident (ce qui n’est pas impossible).

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