« Assibonanga » l’héritage de l’Afrique du Sud post-raciale

mandela

En tant qu’africain et noir né dans les années 80, j’ai toujours trouvé que nous étions la génération de transition. La génération actuelle, la notre, celle qui n’a connu ni l’esclavage ni la colonisation, ni la ségrégation raciale, celle qui est née avec le sida, la chute du mur de berlin, internet… Il m’arrive de me demander ce que les générations futures retiendront de nous.

« Assibonanga » fait partie de ces chansons ont fait un carton alors que j’avais entre 5 et 12ans. Ces hymnes musicaux engagés qui ont marqué mon enfance en Afrique. Ces chansons que mes parents écoutaient en boucle. Aujourd’hui, je les ré écoute d’une toute autre manière, avec un regard neuf et une meilleure compréhension du poids de l’Histoire dont elle sont chargés. Surtout, me comprends mieux ce que nos parents pouvaient ressentir en écoutant celle ci.

Asimbonanga ( traduction : »Nous ne l’avons pas vu) est une chanson du groupe sud-africain Savuka, dirigé par Johnny Clegg, surmonné le « zoulou blanc ». Cette chanson, sortie en 1986, a propulsé ce groupe à la tête de l’actualité musicale des années 1980.

Son texte, politiquement engagé (surtout pour l’Afrique du Sud ségrégationniste de l’époque), est dédié à Nelson Mandela, alors emprisonné depuis 1962 sur l’île pénitencier de Robben Island, et y fait explicitement référence. Il cite aussi le nom de Steve Biko, militant de la lutte contre l’apartheid. Lors de sa sortie en Afrique du Sud, la chanson s’est vue immédiatement interdite sur les antennes et dans les lieux publics. Mais par un merveilleux effet Streisand, Dans les rares clubs et les salles où elle est interprétée à Johannesburg, certains quittent la salle, d’autres acquiescent en levant le poing.

Autre particularité de cette chanson, le titre est zoulou, le refrain est chanté dans cette langue et les couplets en anglais, acte particulièrement provocateur au temps de l’apartheid, surtout de la part d’un groupe multiracial, composé de Blancs et de Noirs. Le titre « nous ne l’avons pas vu » fait référence au fait que personne, surtout parmi les jeunes sud-africains, ne sait réellement à quoi il (Nelson Mandela) ressemble. Ce dernier étant emprisonné à vie depuis plus de vingt ans, et les photos de lui étant illégales.

Paroles et traduction de « Asimbonanga (Mandela) »

Asimbonanga                                            Nous ne l’avons pas vu
Asimbonang’ uMandela thina                   Nous n’avons pas vu Mandela
Laph’ekhona                                              A l’endroit où il est
Laph’ehleli khona                                      A l’endroit où on le retient prisonnier

Oh the sea is cold and the sky is grey      Oh, la mer est froide et le ciel est gris
Look across the Island into the Bay           Regarde de l’autre côté de l’île dans la Baie
We are all islands till comes the day      Nous sommes tous des îles jusqu’à ce qu’arrive le jour
We cross the burning water                       Où nous traversons la mer de flammes

[Refrain] (x2)

A seagull wings across the sea                    Un goéland s’envole de l’autre côté de la mer
Broken silence is what I dream                     Je rêve que se brise le silence
Who has the words to close the distance     Qui a les mots pour faire tomber la distance
Between you and me                                    Entre toi et moi ?

[Refrain] (x2)

Steve Biko (1), Victoria Mxenge (2), Neil Aggett (3)

Asimbonanga                                           Nous ne l’avons pas vu(e)
Asimbonang ‘umfowethu thina                 Nous n’avons pas vu notre frère
Asimbonang ‘umtathiwethu thina             Nous n’avons pas vu notre soeur
Laph’ekhona                                            A l’endroit où il (elle) est
Laph’wafela khona                                  A l’endroit où il (elle) est mort(e)
Hey wena, hey wena                              Hé, toi ! Hé toi !
Hey wena nawe                                      Hé toi, et toi aussi !
Siyofika nini la’ siyakhona                       Quand arriverons nous à destination ?

 

 

(1) Steve Bantu Biko (1946-1977), philosophe noir, une figure et un martyr de la lutte contre l’apartheid, mort après 2 semaines de détention, sans procès.

(2) Victoria Mxenge (1942-1985), avocate noire symbole de la lutte contre l’apartheid également arrêtée et assassinée avant le procès en 1985.

(3) Neil Aggett, médecin et syndicaliste blanc figure de la lutte anti-apartheid lui aussi, torturé et assassiné en prison en 1982.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *