Comment le Franc CFA empêche le développement de l’Afrique francophone

La Zone franc en Afrique constitue un espace monétaire, économique et culturel sans équivalent dans le monde. Cet ensemble, formé d’États africains et de territoires parfois très différents les uns des autres, est issu de l’évolution et des transformations de l’ancien empire colonial français. Après l’accession à l’indépendance dans les années 60, la plupart des nouveaux États ont choisi de rester dans un ensemble homogène, dont le cadre institutionnel a été rénové et qui a été structuré par un système de change commun.

La Zone franc, pour ceux qui ne le savent pas encore, rassemble la France et quinze États africains : le Bénin, le Burkina-Faso, la Côte-d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad, et les Comores. Le 1er janvier 1999, l’euro est devenu la monnaie de onze pays européens (dont la France) et le franc français est devenu une subdivision non décimale de l’euro. Sous la supervision de la France, l’euro a remplacé le franc français comme ancre monétaire du franc CFA. Cette substitution a déterminé automatiquement les parités en euro du franc CFA. Elle n’a pas affecté les mécanismes de coopération monétaire de la Zone franc. Cinquante ans après l’accession à l’indépendance de ces pays, le bilan des avantages qu’implique l’appartenance à la Zone franc pour les États qui la composent est largement discutable.

Avantages et inconvénients du Franc CFA.

le franc CFA, du fait de son arrimage à l’Euro, bénéficie d’une assurance de stabilité et de sécurité, qui constituent des éléments favorables aux investissements étrangers. En effet, plus une monnaie est stable (ie son taux de change avec les autres monnaie ne varie pas ou peu), plus les investisseurs étrangers sont motivées à investir dans cette monnaie. Voilà par exemple pourquoi les Chinois ont délibérément arrimé leur monnaie (le Yuan) au Dollar américain. Quand le dollar monte, les chinois font monter le yuan. Quand le dollar baisse, le yuan baisse. Ainsi, le taux de change Dollar/Yuan reste toujours le même. Conséquence : les investisseurs américains peuvent investir en Chine sans craindre le risque de change. La chine, avec ses nombreuses usines, a besoin des USA pour écouler sa production. Les USA ont besoin de la Chine pour continuer à consommer les écrans plats, télés, ordinateurs, baskets, etc. Voilà pourquoi la Chine est le premier partenaire commercial des USA. la chine produit, les USA consomment. Ils ont besoin l’un de l’autre.

De même, l’arrimage du Franc CFA à l’Euro serait avantageux si les Africains et Européens avaient besoin l’un de l’autre. Mais, l’Afrique a t’elle réellement besoin de faire se l’Europe son premier partenaire commercial? La réponse est NON! La parité fixe permet aux pays de la zone euro, mais surtout à la France, de conserver son statut de premier partenaire économique de la zone CFA, malgré la montée en puissance de la Chine, ou des pays comme le Brésil. Les grandes entreprises françaises (Total, Vinci, Orange, Bouygues, Bolloré…) ont particulièrement besoin de manières premières, et de nouveaux marchés africains compte tenu de la saturation du marché européen. L’Afrique elle n’a pas particulièrement besoin de la France! L’Afrique a besoin d’infrastructures (routes, d’hôpitaux, d’écoles…) et elle devrait accorder ces marchés au plus offrant. Par ailleurs, l’Afrique exporte massivement des matières premières, qui non plus ne manquent pas preneur. Sauf qu’avec ce système, un américain ou un Chinois qui investit en Afrique aura plus de difficultés qu’un français à cause du risque de taux change Yuan/Dollars/Franc CFA désavantageux. Voilà pourquoi le franc CFA profite plus à la France qu’à l’Afrique.

En 2011, on comptait dans un pays comme le Cameroun 110 filiales et 200 entreprises appartenant à des ressortissants français. Ces dernières sont présentes dans tous les secteurs de l’économique: énergie, BTP, banques, agro-alimentaire, assurances, ciment, bois, transport, logistique, télé-communications… Certaines sont là depuis la période coloniale,d’autres sont arrivées à la faveur des privatisations prescrites parle FMI au début des années 1990. Aucune d’elle n’aurait d’intérêt à ce que les choses changent.

L’autre argument en faveur du Franc CFA serait que l’union monétaire de la zone franc a par ailleurs renforcé la solidarité entre pays africains. Ce qui n’est pas faux. En effet, l’existence d’une monnaie commune ou l’arrimage de monnaies, constitue un facteur de développement du commerce au sein d’un espace. Comme l’euro facilite le commerce entre pays européens, et l’arrimage du Yuan au dollar facilite le commerce entre les USA et la Chine, le commerce entre pays africains est facilité grace à la monnaie franc CFA unique. Les échanges entre camerounais et gabonais par exemple sont facilités par le franc CFA commun. Cependant, ce commerce intra-africain reste encore insuffisamment développé, en raison notamment de la structure des économies africaines et de la faiblesse des infrastructures. La sortie du Franc CFA freinerait certainement le processus d’intégration régionale. A moins que les africains s’entendent pour crééer une monnaie unique commune. Malheureusement, pour l’heure, il n’existe aucune concertation sur le sujet au niveau africain. Et aucun pays n’a le courage de prendre les devants.

La zone franc souffre d’un réel déficit de gouvernance (qui d’ailleurs est le problème majeur de l’Afrique). C’est aux chefs d’État africains de fixer la ligne, mais on ne les entend pas. Et comme la nature a horreur du vide, les experts français du ministère de l’Économie et des Finances ou ceux de la Banque de France ont une fâcheuse tendance à s’approprier le dossier…

5 Commentaires Comment le Franc CFA empêche le développement de l’Afrique francophone

  1. Adeline Tsemo

    Le Yuan chinois est arrimé à une panier de diverses devises, il n’est pas uniquement fixé au dollar mais aussi à l’euro, au yen. Il ny a pas de parité fixe entre le yuan et le dollar, les autorités chinoises laissent le yuan flotter mais dans une bande de fluctuation un peu trop étroite.

    Quant au FCFA, il est arrimé à une seule devise et a une parité fixe. Il ne peut donc flotter. Les avantages d’une parité fixe sont multiples dont la maîtrise de l’inflation que tu as oublié. Moi je ne vois que des avantages au FCFA car historiquement nous sommes des économies exportatrices et des économies inflationnistes. Tu dis que le problème est que le FCFA empêche d’autres investisseurs autre que européens d’investir dans en Afrique francophone. Je ne suis pas d’accord car justement un investisseur chinois n’est soumis qu’à un seul risque de change celui du yuan/euro (et encore y a pas de risque de change) et la parité entre FCFA et euro est garantie. Donc un investisseur chinois n’est pas pénalisé, de même pour un investisseur américain ou japonais. Tout ce qu’ils regarderont c’est la rentabilité de leurs projets.
    Tu dis que les africains s’entendent pour créer une monnaie unique? Mais on a déjà une monnaie unique. On devrait plutôt travailler sur une intégration régionale. C’est ce qui est le plus triste nous avons tous les instruments pour développer le commerce régional mais celui-ci n’est qu’embryonnaire.

    Tu dois penser que le FCFA est inefficace, mais il faut cibler le problème, qu’est ce qui est inefficace la parité fixe? Moi je dirais non il n’y a que des avantages dans une parité fixe tant que les banques centrales africaines vont jouer les règles du jeu et ne pas monétiser leurs déficits publics au risque d’avoir d’une crise à l’image de la crise monétaire en Argentine et Mexique.
    Est ce que préconise un régime de change flexible? Laisser le marché déterminer le cours du FCFA… On sait très bien ce qui va se passer, connaissant la faible demande de cette monnaie sur les marchés de change le cours va tellement chuter qu’on suppliera les banques centrales d’intervenir et de maintenir le cours. On ne peut laisser le FCFA flotter.
    Donc quels sont les inconvénients du FCFA? Dans un régime de change fixe, le pouvoir monétaire est nul. C’est le seul inconvénient, la banque centrale ne peut utiliser la monnaie comme un instrument pour réguler l’économie. Mais est ce réellement un inconvénient vu l’incompétence des autorités politiques à mener des actions.

    Moi je ne suis pas une monétariste,je ne crois pas au pouvoir de la monnaie. La monnaie n’est qu’un voile qui n’impacte pas les transactions. Quand on regarde les pays qui ont émergé chacun a adopté un régime de change qui lui est propre: les sud-africains flottent et les chinois fixent et flottent… Il n’y a pas de recette magique.

    Le problème avec le FCFA est de savoir si les décisions sont prises par les banques centrales ou par la Banque de France.

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  2. Adeline Tsemo

    Mais bon les banques centrales n’ont pas d’énormes décisions à prendre, la seule tâche est de maintenir la parité fixe. Et donc, ils se contentent d’acheter le FCFA sur le marché des changes car les balances commerciales des pays sont structurellement déficitaires (forte offre de la monnaie FCFA). Sur le marché de change, on a plus de personnes qui offrent le FCFA que de personnes qui en demandent, la BEAC et BCEAO s’érigent donc comme contreparties. Leur seul problème est d’avoir un niveau suffisant de réserves en devises pour maintenir la parité. Il y a dévaluation de monnaie quand la banque centrale n’a plus assez de réserves et ne peut plus maintenir la parité.

    J’ai été un peu longue parce que c’est un sujet qui me passionne 🙂

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  3. Neo

    @Adeline,

    Je ne suis pas entré dans les détails pour ne pas perdre les lecteurs novices. En effet, le Yuan n’est pas exactement arrimé au dollar comme tu le dis.

    JE suis justement pour le flottement « libres » des monnaies entre elles. Etant des économies exportatrices, nous avons justement intéret à dévaluer nos monnaies soit le laissant le marché déterminer son cours, soit en la manipulant comme le fait la Chine. Car comme tout le monde le sais, une monnaie forte pénalise les exportations. et les IDE. Ce n’ets pas pour rien qu’en Chine et en Inde près des 75% des investissements proviennent de l’étranger. L’investisseur n’est pas soumis au risque de change, mais celà lui coute plus cher d’investir en zone CFA qu’à l’investisseur français par exemple.

    La parité fixe avec l’Euro procurent la stabilité mais à quel prix? Tu cites bien l’exemple des économies argentines ou chiliennes, mais en oubliant de préciser qu’elles se sont rapidement remises des crises qu’elles ont vécu et sont aujourd’hui plus prospères et solvables que beaucoup de pays occidentaux.

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    1. Ismael Dang

      Ta relation rapide entre dévaluation et augmentation des exportations suppose certaines hypothèses, donc dans un cadre bien définit. Il serait d’ailleurs intéressant de lire un démonstration scientifique du Professeur Ngankou (Fond Monétaire Africain) sur ce sujet.La dévaluation du FCFA coure des Risques liées à la faiblesse du système productif : ces risques ne concernent pas la masse monétaire, mais la stabilité du pouvoir d’achat qui peut se déliter par rapport à l’extérieur, du fait de la faiblesse de l’économie. Quand la balance des paiements menace de basculer dans un déficit durable, le pays tentant de s’en sortir en baissant son taux de change dans l’espoir que les biens importés se surenchérissant, l’industrie locale gagnera en compétitivité et l’équilibre sera restauré. Le succès de cette manœuvre (dévaluation) n’est cependant acquis que si les écarts technologiques séparant le pays de ses partenaires ne sont pas trop importants et que l’industrie locale peut en profiter. Faute de quoi la démarche entraîne une spirale de dévaluations qui finit par dégrader totalement la monnaie. On comprend donc pourquoi une dévaluation au Cameroun et Chine aura des effets différents sur ces deux pays.Tant qu’en Afrique nous n’aurons pas résolus la problématique du système de production (industrialisation), nous serons toujours au même niveau. C’est d’ailleurs cette faiblesse qui explique le niveau d’échange bas dans une sous région comme la CEMAC. Toutes nos réflexions aujourd’hui doivent être sur comment protéger l’industrie en Afrique?

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  4. Votre Nom

    je pense que vous gagnerez mieux en orientant vos analyses sur le fait que c’est un accord budgétaire et non monétaire entre les pays de la Zone CFA et l’Euro

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