Pourquoi j’ai déménagé mes activités de la France vers le Canada

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Ca y est! c’est fait. Après avoir longtemps hésité et réfléchi, je me suis finalement décidé à franchir le pas : J’ai plié baggage, demandé un visa et pris un aller simple pour l’Amérique du Nord. Après presque 5 années enrichissantes passées à trimer en France, c’est avec un sentiment mitigé que je me  suis résigné à m’en aller vers de pâturages plus verts. Aux motivations personnelles, se mêlent les raisons économiques. Voilà donc pèle-mêle les raisons de mon départ :

1. La question du travail/entrepreneuriale n’est pas abordée de la même façon.

C’est la raison numéro 1.

L’esprit entrepreneurial a toujours fait partie de mon univers. L’art de la débrouille, de la bidouille, de l’adaptation, du bootstraping, bref, l’art de faire plus avec moins sont des choses qu’on acquiert inévitablement lorsqu’on vit dans un environnement défavorable. J’ai toujours accepté l’idée que lorsqu’on part de rien, il faut travailler deux voire dix fois plus pour s’en sortir. Et cette idée je j’ai emmenée d’Afrique, n’est pas forcément la plus répandue ni la plus encouragée en France. Du coup, je me sens en total déphasage avec les gens qui m’entourent et qui pourtant ont le même âge que moi… Je vis de plus en plus mal le gouffre énorme qui existe entre ces jeunes que je côtoie. D’une part les fils et filles à Papa qui n’ont aucune expérience de la vie autre que le petit microcosme bourgeois dans lequel ils ont toujours vécu bien à l’abri, d’autre part la vaste majorité de jeunes de classes populaires, n’ayant pour toute ambition qu’un poste de fonctionnaire ou un CDI, et rêvant d’en découdre avec les riches.

3. Je refuse de payer les impôts et de cotiser le moindre centime en France.

Le système de la sécurité sociale, et le système des retraites par répartition à la française ne sont que que vastes pyramides de ponzi que je refuse d’alimenter.

Non seulement ni moi ni mes parents ne profitons de la solidarité française aujourd’hui, je ne vois pas pourquoi j’amputerais malgré moi mes revenus d’un tiers pour une hypothétique retraite donc ni moi, ni mes enfants ne verront la couleur demain.

Bien qu’ayant vécu en France, je n’ai pas étudié à l’université publique, ni touché la moindre bourse. J’ai financé mes études dans une école privée et A CREDIT et à la sueur de mon froc.  Par conséquent, j’estime que le discours selon lequel le contribuable paye pour l’éducation et la santé des étrangers ne me concerne pas. Par ailleurs, l’Etat français par sa politique migratoire a mainte fois montré qu’elle ne veut pas de nous, les travailleurs qualifiés. Elle n’a pas besoin de mes impôts, et c’est tant mieux! J’ai eu la chance ne n’avoir jamais eu problème de santé. Et j’en profite pendant que j’ai encore de l’énergie, pour travailler dans un système auquel je crois.

Je suis d’avis que cotiser pour sa retraite est une idée qui était intéressante pour ceux qui avaient 25 ans il y a 40 ans. Pour nous jeunes générations, c’est une absurdité : cela reviendrait à payer maintenant pour quelque chose que l’on est certain de ne pas avoir plus tard. Je refuse donc d’entretenir ce système social pour trois raisons : la pyramide des âges, les différences intergénérationnelles, et l’inflation.

2. L’identité raciale /culturelle est perçue différemment.

La bourgeoisie noire vit un état de grâce : jamais autant de Noirs n’ont été nommés à des postes de responsabilité. Mais je ne crois pas qu’Obama lui même puisse changer la condition sociale des classes noires pauvres. Pour eux, le changement demande bien plus que l’élection d’un président. Mais ce fait majeur (à la Maison Blanche réside désormais une famille de Noirs américains) a un impact énorme sur la psychologie. Elle a ouvert le champ des possibles sans qu’Obama ait besoin de dire un seul mot sur la question de la race. Des millions d’enfants américains vivent avec l’évidence que leur président est un Noir. La culture populaire, et notamment le cinéma, est révélateur. Cela signifie pour eux qu’il peut exister des PDG noirs, des généraux d’armée noirs, des chirurgiens noirs. De la même façon, les enfants noirs regardent le président avec admiration. Il a élargi leur horizon. Quelqu’un peut me dire qui sont les modèles de la jeunesse afro française d’aujourd’hui? Omar Sy? Rama Yade?  Zidane?

4- Je veux vivre dans une communauté à laquelle mes enfants ou moi même seront fiers d’appartenir.

Comme je l’ai déjà dit dans un précédent article, nous les africains (dont moi) avons une culture communautaire totalement incompatible avec la culture  « individualiste » et « universaliste » française. En France, les mots « communautaires » ou « minorités » sont des gros mots. On préfère laisser ça aux extrémistes (de gauche comme de droite) qui ne se gênent pas pour faire de la récupération. Par ailleurs les rares français communautaires imaginent encore la France comme une communauté Blanche et Catholique de plus en plus envahie par les hordes d’arabes et de noirs. Quelles valeurs font l’identité française d’aujourd’hui? Il y a une réelle tension entre le respect de la diversité et le respect de valeurs communes qui fait l’unité d’une société. Et tous les politiques surfant sur la vague de cette tension, ne soulèvent les questions d’immigration qu’à des fins électoralistes.

L’unité dans la diversité… voilà ce à quoi j’aspire, que je n’ai pas trouvé en France, et que j’espère trouver ailleurs.

 

7 Commentaires Pourquoi j’ai déménagé mes activités de la France vers le Canada

  1. SDL

    Slt Néo, content de voir que tu arrive dans la belle province. En te lisant, j’ai l’impression que tu
    – caricature tous les fils/filles à papa ou maman (ils ne sont pas tous comme tu le décris et vu le coût des études tu en trouveras plus au Canada qu’en France)
    – méprise ceux qui aiment leur boulot et ont pour ambition d’y faire carrière (tout le monde n’est pas fait pour être entrepreneur)
    – te trompe sur les notions …
    de retraite (tu peux être obliger de cotiser jusqu’à 3 retraites différentes au Quebec : provincial, fédérale et celle de ton employeur)
    – … et d’impôts qui ne permettent pas uniquement de te soigner mais également de financiers la mise en place de force de l’ordre, pompiers, éclairages publiques, routes … je ne vais pas faire toute la liste mais tu en as surement bénéficié d’une manière ou d’une autre … bref bon arrivé anyway

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    1. Neo

      @SDL,

      Loin de moi l’idée de mépriser ceux qui aiment leur boulot et rêvent de carrière comme tu dis. Etre ambitieux &carriériste, c’est totalement louable.
      Par contre, J’ai toujours eu le plus grand des mépris pour les pseudos fils de bourgeois de la diaspora africaine. Très peu de “fils de” trouvent grâce à mes yeux. Qu’ont-ils fait pour mériter mon respect? Quelle est la part des richesses qu’ils possèdent dont ils peuvent s’attribuer la paternité? Aucune. Quelles décisions ont-ils prises… quels risques ont ils encourus pour être ou ils sont?

      Et concernant les retraites, je maintiens que le système français de retraite par répartitions (où chaque génération paye la retraite de celle précédente) est une pyramide de ponzi. En amérique du Nord, celle ci demeure minimale et est conçu comme un filet de sécurité qui vise seulement à limiter la pauvreté des plus âgés; tandis que la capitalisation (où tu touche ce que tu as toi même épargné) représente des montants considérables.

      Par ailleurs, je ne suis pas contre les impôts. Je suis pour une imposition équitable, et contre l’oppression fiscale des entrepreneurs et des classes moyennes.

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      1. SC

        Bonjour Neo,

        Cela fait quelques temps que je suis tes posts mais c’est la première fois que j’y laisse un commentaire. Tout d’abord, bravo pour ton blog. Les articles sont tous « constructifs », que l’on partage ton point de vue ou pas.

        En ce qui concerne ton choix de départ, on ne peut que te souhaiter bonne chance. Il faut beaucoup de courage pour franchir ce pas (pas que beaucoup n’ont pas l’audace de faire).

        Pour en venir enfin à la raison de ce commentaire, comme toi, je ne suis pas fils à papa même si j’ai eu le soutien de la famille / amis pour m’aider à accomplir le peu que j’ai réalisé jusque là.
        Pour être aussi entouré de fils/fille à papa et avoir éprouvé par moment un certain mépris (pour reprendre tes termes) à leur égard, avec le temps, j’ai eu à me demander si l’on devait vraiment leur en vouloir pour ça. Peut-on reprocher à une personne la matière de la cuillère qu’il a dans la bouche sachant que cela ne relève pas de son choix ?
        Par anticipation, tu préciseras qu’il ne s’agit que d’une partie de cette « communauté », celle qui baigne dans l’arrogance notamment, mais la question du mérite ne doit pas, à mon sens, être abordée de la même façon.
        Tout comme le fait d’être noir, les fils de naissent avec une étiquette. Une forme de pression qui pèse souvent plus lourd qu’on ne le pense.

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  2. Topo

    J’hésite depuis des années à faire la même chose…
    Je vais bien suivre vos nouveaux posts pour voir votre avis sur la question 🙂
    Les impôts en France sont compréhensibles, mais parfois pas assez adapté aux situations…

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  3. Shawn05

    Salut Néo,

    Es-ce que tu pense pour les points cités, que les conditions sont meilleures au Canada ?
    Tu aurai du nous dire les différences par rapport au Canada et surtout dans quelle province tu déménage.
    Avec ce que je lis je pense plus à l’Ontario, parce qu’au Québec pour les points 1) et 3) il y a pas grand changement

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  4. Anna

    Bonjour,

    Quelques points seraient à nuancer (j’ai 10 ans au Canada, après 10 ans en Europe dont les 3/4 en France comme étudiante et professionnelle):

    – Le Canada est un pays très individualiste (avec l’Australie, la NZ entre autres), la France c’est de la gnognotte à côté, voir plus un pays plus axé sur la solidarité d’une certaine façon.

    – Multiculturalime vs Assimilation, c’est clair qu’il fait plus beau vivre au Canada qu’en France. D’ailleurs, le nouveau ministre de la défense porte le turban sikh, on ne voit pas ça dans bien de pays occidentaux? Ceci dit, tempérons un peu les ardeurs! Oui, je suis libre de ne pas vouloir renier ma culture d’origine, je peux être canadienne sans devoir jouer la blanche à la peau noire à outrance. Cependant, il y a encore quelques relents assimilationnistes dans la socité canadienne, où la majorité pense encore inconsciemment que le modèle auquel tout le monde doit tendre est celui du canadien blanc anglo-saxon. Par ailleurs, si les immigrants sont libres d’être eux-mêmes sans être regardés de travers, ce n’est pas le cas des autochtones qui paradoxalement, sont traités et considérés socialement de façon pire que les personnes arrivées après 1867.

    – Le phénomène Obama n’a rien à voir avec le Canada. Non seulement le Canada ne vit pas les mêmes problèmes raciaux qu’aux États-Unis, mais les Canadiens mettent un point d’honneur à préciser qu’ils sont distincts de leurs voisins du sud. Du racisme institutionnel, il y en a aussi au Canada, il ne faut pas se voiler la face. J’ai toujours dit que c’était pire qu’en Europe car au moins, en Europe, tu l’as en plein dans la face donc c’est plus facile à confronter. Ici, c’est insidieux. La différence majeure est qu’au Canada, tu as de réels recours et que les canadiens sont tellement soucieux de leur image d’ être humains les plus gentils et sans péché de la planète Terre, qu’ils ont une peur de se faire traiter de racistes; du coup, ils feront tout pour que certains comportements ne soient pas acceptés dans la société.

    – Re fils et files à papa: c’est pire ici, vu le coût des frais de scolarité. En effet, ce n’est pas n’importe qui, qui peut envoyer ses enfants étudier au Canada. Par contre, la société canadienne (sous cet aspect, c’est plus le côté anglo-saxon) qui valorise plus la simplicité, l’himilité, la réussite personnelle (en Afrique, on méprise les « rags to riches stories », ici, on respecte ça), rabat le caquet à beaucoup.

    Bienvenue au Canada!

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    1. Anna

      Bon, je ne me relis jamais avant de cliquer sur « envoyer » donc lire « j’ai passé 10 ans… », « il fait plus bon vivre », « tu l’as en pleine figure »…

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