La "génération Y" sera celle du changement en Afrique (Part.1)


Il y a plusieurs années, alors que je n’étais encore qu’au lycée, un de mes professeurs de physique reprocha à toute ma classe de ne pas savoir ce qu’est un « microsillon ». Je regrette toujours de ne lui pas avoir justement rétorqué que les disques 45 et 33 tours n’étaient pas de notre génération. Ira-t-on dans quelques années reprocher à un jeune de ne pas savoir ce qu’étaient les magnétoscopes, les « VHS » ou les Radio Cassettes ? Je suis en effet né à une époque où les disques vinyles étaient déjà condamnés à une mort prochaine au profit du Compact Disc (CD). L’exemple du microsillon en est un parmi tant d’autres. Les générations ne voient pas les choses de la même façon. C’est évidemment un truisme, mais qu’il est important à rappeler. Surtout à nos dirigeants africains qui se croient éternels et qui continuent de perpétuer les pratiques ancestrales.

Il nous faudra un jour expliquer ce que fut l’élection symbolique de Barack Obama, 1er noir à accéder à la maison Blanche le 20 janvier 2009 pour ceux qui ne l’auront pas vécu en direct. Aujourd’hui, on ressent encore cette indescriptible impression quand on se remémore son discours d’investiture. Dans un futur plus proche encore, on devra bientôt expliquer à nos petits frères et sœurs ce que furent les événements du « 11 Septembre ». Mais, il faut se rendre compte dès maintenant, qu’un jour, le 11 Septembre 2001, ou le 20 janvier 2009, seront des dates historiques comme les autres. Des date au milieu d’autres, noircissant les livres d’histoire. Le « 11 septembre » ne sera plus une partie de notre histoire, mais une part de l’Histoire. Les générations futures ne verront pas les choses comme notre génération les voit aujourd’hui. Notre génération elle même, celle qu’on nomme la « Génération Y », ne voit pas du tout les choses de la même manière que nos parents. Si je me permets d’en parler, c’est que j’estime qu’une « Nouvelle génération » d’africains est en train de surgir de ce monde en turbulence. Une nouvelle génération d’africains est en train d’émerger actuellement, et je crois qu’elle sera bientôt actrice d’un changement et d’une rupture profonde sur le continent.

Qu’est-ce au juste que cette « Nouvelle génération » ? Ce sont simplement ceux qui n’ont pas vécu les bouleversements des années 1960 à 1980. Ils n’ont pas par conséquent les mêmes repères que leurs aïeux, et même leurs grands frères de la génération précédente. Entendons-nous bien, il n’y a pas de dates pour fixer des limites définitives à cette « Nouvelle génération ». Le critère d’admission, si l’on peut dire, c’est d’avoir connu ou plus exactement vécu ce qu’il s’est passé au tournant des années 80 – 90 (principalement dislocation du bloc soviétique, réunification allemande, déclin des Parti communistes partout dans le monde, la naissance de l’hégémonie des USA sur la scène internationale, la fin de l’apartheid, la transformation de la Chine, l’explosion des échanges…) Pourquoi j’ai choisi « vécu » plutôt que « connu ». Parce qu’il ne suffit pas d’être présent sur terre et appartenir depuis peu à la communauté humaine pour revendiquer devant la postérité d’avoir « connu » ce qu’il s’est passé. Par exemple, je suis né en 1986. J’étais donc né quand le génocide au Rwanda a eu lieu (1994), mais j’en n’ai strictement aucun souvenir. J’ai aujourd’hui du mal à me rendre compte que j’étais né quand près d’un millions d’africains se sont entretués sauvagement en l’espace de quelques semaines. Quand je suis rentré à l’école en 1989, l’apartheid était encore en vigueur en Afrique du Sud. A cette époque, on emprisonnait encore les gens pour avoir osé défier d’autres de race Blanche. La libération de Nelson Mandela après 27 ans de prison, j’étais né, mais c’est à l’école justement que je l’ai appris, bien plus tard, et…en histoire. Mon plus vieux souvenir « politique » d’africain remonte aux « Villes Mortes » de 1991 qui ont paralysé la ville de Douala (et par ricochet tout le Cameroun). Et encore une fois, si j’ai très vaguement su à ce moment que la population protestait contre le régime en place déjà dictatorial, j’ai su bien plus tard ce qu’était réellement cette revendication. C’était déjà de l’histoire.
La « Nouvelle génération » africaine a très peu connu le monde d’avant la télévision câblée … Pour elle, le SIDA a toujours existé, ils n’ont jamais connu d’autres leaders politiques que ceux qui les gouvernent depuis le indépendances…

Célestin Monga disait quelque part dans une interview (je ne me rapelle plus où) que la nouvelle génération de camerounais est plus libre dans sa tête que sa génération à lui, en ce sens que les ravages du colonialisme sont plus loin et que l’état d’esprit des plus jeunes est moins dépendant de ce que l’ancien colonisateur ressent et de ce que les colonisés en retour recherchent. Je partage cet avis. je pense que l’Afrique commence une vraie rupture avec cette génération. La popularité de Laurent Gbagbo auprès de la jeunesse ivoirienne, en est l’exemple le plus visible.

Alors, en quoi sommes nous différents de nos ainés?
(A suivre)

4 Commentaires La "génération Y" sera celle du changement en Afrique (Part.1)

  1. souleymane

    Bonjour néo,
    je découvre ton blog au détour de mes peregrinations sur le web. J’aime assez bien le ton et me suis reconnu dans plusieurs articles de par ma condition d’étudiant africain. Bref j’adore la plume. Mon seul regret lorsque je découvre des blogs comme le tien c’est qu’il ne soit pas plus fourni en terme quantitatif.
    Bon courage et au plaisir !

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