L’Afrique sera t-elle le prochain marché émergent après l’Asie ?

Par Charles W. Corey, america.gov.

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L’Afrique est la destination idéale pour « tout défricheur de marchés » qui recherche des opportunités de placements à fort rendement, a affirmé récement M. Donald Elefson, gestionnaire de portefeuille au Harding Loevner Frontier Emerging Markets Fund qui consacre à l’Afrique environ 33 % de ses avoirs (chiffrés à plusieurs milliards de dollars).

Lors d’un entretien accordé le 22 septembre à America.gov, M. Elefson a déclaré que les rendements de placements aux États-Unis n’avaient jamais été aussi faibles, une situation dont peuvent tirer profit les marchés émergents telle l’Afrique.

« Je pense qu’il y a de plus en plus de gens qui cherchent de meilleurs rendements, que ce soit au niveau des dividendes ou de possibilités intéressantes sur le marché des capitaux, et c’est dans ces cas-là que l’accent est mis sur les marchés frontaliers, dont l’Afrique. (…) Les marchés d’avant-poste vont tirer les bénéfices les plus importants des faibles taux d’intérêt qui prévalent actuellement dans le monde industrialisé », a expliqué M. Elefson.

Il a récemment déclaré à l’hebdomadaire américain Barron’s que l’Afrique offrait « des marchés solides et un énorme potentiel ». En outre, dit-il, les gens ne reconnaissent pas assez les efforts déployés sur le continent pour lutter contre la corruption, et il s’agit là d’une question « générationnelle ».

« Lorsque je me rends à Lagos ou à Nairobi, je vois beaucoup d’Africains, qui ont reçu une éducation et ont travaillé à l’étranger, rentrer chez eux parce qu’ils voient le potentiel qui existe sur le continent. C’est une nouvelle génération qui est différente de l’ancienne. Ils se rendent compte que vous pouvez arriver à réaliser quelque chose, à accomplir beaucoup sans avoir recours à la corruption. Ils ont une nouvelle mentalité et sont eux les nouveaux cadres et dirigeants. Ce sont ces Africains qui prendront des initiatives et qui seront les nouvelles locomotives du rendement sur le capital dans l’avenir. »

Dans son entretien avec America.gov, M. Elefson a déclaré : « Je parle du point de vue de l’investisseur, par rapport à ce que je fais au niveau des placements de portefeuille en titres de participation dans des compagnies inscrites à la Bourse, mais aussi dans celles qui ne le sont pas mais pourraient le devenir. » Bien que le fonds commun de placement où il travaille n’investisse que dans les sociétés cotées en Bourse, M. Elefson a souligné qu’il était « convaincu de l’énorme potentiel qui existe dans les deux secteurs ».

En tant que gestionnaire de portefeuille, M. Elefson s’est dit enthousiasmé par les possibilités d’investissements en Afrique. « Pour défendre notre enthousiasme à l’égard du marché africain, nous avons tout d’abord l’exemple de l’essor des marchés brésilien, russe ou chinois. »

« J’investis sur les marchés émergents depuis 20 ans. Au début de ma carrière, les marchés de la Chine et de la Russie n’étaient pas ouverts. Quand ils ont commencé à l’être, en 1992 et 1993, et que nous cherchions à faire des investissements là-bas, les gens se moquaient de nous. Ils disaient : « Nous ne ferons jamais cela. La Russie est une ancienne économie rigide, la Chine est une ancienne économie communiste ». Vous connaissez la suite de l’histoire! Essayez aujourd’hui de trouver un fond commun de placement qui n’en n’investisse pas en Chine ou en Russie. Vous auriez bien du mal à en trouver. »

« La situation semblable existe aujourd’hui en Afrique »

Il a donné l’exemple du Brésil. « Quand j’ai commencé à faire des investissements sur les marchés émergents, le Brésil était attrayant mais il avait la pire économie et le pire climat politique du monde : le taux d’inflation était de 1.000 % ; il y avait de la corruption ; la compagnie de télécommunications Telebras appartenait à l’État de même que la compagnie pétrolière, Petrobras. Au cours des quelque 15 dernières années, Telebras a abandonné le monopole qu’elle détenait sur le secteur et s’est divisée en plusieurs sociétés qui fonctionnent indépendamment ; Petrobras appartient aujourd’hui à tous ses actionnaires en tant qu’entreprise du secteur privé. « C’est pourquoi je dis : ce qui a marché au Brésil dans le passé peut marcher maintenant au Nigéria. »

Dans ce dernier pays, a dit M. Elefson, la compagnie de téléphone, Nitel, et sa branche de téléphonie mobile appartiennent à l’État nigérian. « Leur libéralisation et privatisation sont en cours et elles vont être vendues, comme cela s’était passé au Brésil. La société pétrolière nigériane (Nigerian Petroleum Corporation ou NPC) est une entité semblable à ce qu’était Petrobras et elle est, elle aussi, en voie de libéralisation. »

« La différence est que sur le plan économique le Nigéria ne maîtrise pas les opérations pétrolières offshore. Les compagnies nigérianes participent très peu à l’exploration et à l’exploitation des ressources en mer (…) et c’est pourquoi nous avons non seulement une compagnie pétrolière qui peut être libéralisée mais aussi un potentiel accru d’investissements et de revenus quand toutes les possibilités au large des côtes nigérianes auront été mises à profit. Et ça ce n’est que pour le Nigéria. »

Par rapport au reste de l’Afrique, M. Elefson a choisi l’exemple du Kenya dont il a comparé la situation à celle du Mexique dans le passé. Celui-ci a pu offrir des possibilités d’investissements internationaux en intégrant son climat économique à celui des États-Unis et de ses voisins du sud.

« Le Kenya fait partie de la Communauté d’Afrique de l’Est qui compte cinq économies avec un grand potentiel de croissance : Kenya, Ouganda, Tanzanie, Rwanda et Burundi. Et le Kenya est en tête. Il y a aujourd’hui sur le continent des entreprises de grande qualité qui réussiraient à l’épreuve de n’importe quel analyste financier. (…) Je pourrais continuer et vous donner d’autres exemples, mais ce que j’affirme, c’est que les marchés émergents ont permis à de nombreux pays de devenir des destinations d’investissements quand personne n’en était convaincu, et à mon avis, la même chose se produit actuellement en Afrique. »

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M. Elefson a ajouté que les nouvelles entreprises qui sont créées aujourd’hui sur le continent sont conscientes d’un fait : « Si nous souhaitons la croissance, nous aurons besoin de capitaux et nous ne devons plus compter sur notre gouvernement pour nous les fournir. (…) Nous avons besoin d’investisseurs étrangers. » Et ceux-ci exigent la transparence dans les comptes et les résultats. « C’est ce rôle accru des investisseurs étrangers qui, dit-il, contraint au changement ou renforce la tendance vers le changement dans les entreprises et cela est très impressionnant. »

L’accès à l’information est l’un des plus importants facteurs qui contribuent à cette nouvelle tendance en faveur des investissements et du développement en Afrique, a déclaré M. Elefson.

« Aujourd’hui, deux nouveaux câbles sous-marins viennent d’être installés au large des côtes est-africaines. Ils pourraient réduire le coût des services Internet à haut débit de 90 % par rapport à ce qu’il était il y a deux ans. Ce qui rend beaucoup plus abordables l’accès à bande large, les transmissions de données par téléphones mobiles et l’utilisation de l’Internet dans les maisons. Et cela signifie qu’une personne qui a une idée ou une aspiration peut se brancher immédiatement à l’Internet et voir ce que les autres gens font dans tel ou tel domaine », a dit M. Elefson. « Ils ont Facebook, Twitter et toutes ces sortes de choses. Je ne les utilise pas. Je ne les aime pas. Mais ce sont d’excellentes courroies de transmission de l’information. Ce sont des catalyseurs. Et cela va créer toute une nouvelle génération de chefs d’entreprise. Cela va changer la période de gestation chez un chef d’entreprise potentiel. Il ne s’agira plus de dire : « J’ai une idée, pensons-y pendant quelques années » mais « Je vois un exemple de la façon dont je peux concrétiser cette idée plus vite », a expliqué M. Elefson.

2 Commentaires L’Afrique sera t-elle le prochain marché émergent après l’Asie ?

  1. ismael

    Excellent article, j’ai beaucoup aimé, même si peu de personnes y croient pour le moment l’afrique sera le prochain marché émergent car beaucoup de choses sont à faire.

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  2. M.

    Excellent article. Tout ça pour dire, Africains, Africaines ! C’est le moment, je ne comprends pas comment certains en doute encore. L’Afrique c’est une mine d’or inexploité, c’est à nous de l’exploité, de faire grandire nôtre Afrique. C’est maintenant !!!! En tout cas, moi, j’y crois !

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