Paye ton Ecole raciste! L’école française dans la tourmente du racisme

[Billet invité]. Ce billet a été rédigé par une fidèle lectrice du blog, qui a voulu partager sa réflexion sur son statut de jeune française issue de l’immigration et de pur produit de l’éducation nationale française.

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Il y a quelques jours la twittosphère s’est déchainée sur le hashtag « #Payetonécoleraciste ». Depuis l’arrestation du petit Ahmed 8 ans par les autorités françaises pour apologie du terrorisme, les citoyens ouvrent de nouveau la boîte de Pandore des déboires de l’école républicaine. Il y a un malaise profond, qui n’est pas nouveau, la question quoique assez ancienne a été reléguée dans les tiroirs de l’oubli.

On pourra toujours brandir le drapeau de l’égalité, de la méritocratie, de la France qui se lève tôt pour reprendre le fameux slogan d’un président français que je ne citerai pas, l’odeur nauséeuse des préjugés et de la reproduction sociale viendront toujours nous chatouiller les narines.

A vrai dire, il faut croire que les zones d’éducation prioritaires (ZEP) sont remplies de jeunes français issus de l’immigration. Il y a dans beaucoup d’écoles, une tendance des professeurs à adopter une posture plus que paternaliste à l’égard de ces jeunes, on autorise l’échec et on délaisse l’étudiant en se disant que c’est normal, qu’il n’a pas la chance d’avoir des parents qui peuvent l’aider et les conseillers pédagogiques se font, pour certains, une joie de transférer ces vaillants élèves en SEGPA ou dans les filières professionnelles. Pour avoir connu la ZEP, je peux en parler, mais je me garde de généraliser car il existera toujours des exceptions. Voir une élève qui n’est pas blanche, en mesure de s’exprimer avec un vocabulaire soutenu, capable d’obtenir des notes excellentes et de viser les plus grandes écoles de la République, paraît étonnant, surprenant. Ce qui est drôle c’est quand les jeunes issus de l’immigration applaudissent eux-mêmes dès que l’un de leurs congénères a réussi. En tant que jeune issue de l’immigration, je trouve cela triste car ce fait montre qu’on ne peut considérer comme « normale» la réussite d’un homme/ d’une femme noire/métisse/arabe. On en fait en général un tôlé, on applaudit des mains, on sort les trompettes et les carillons comme si c’était un évènement extraordinaire.

En outre, le racisme primaire existe encore bel et bien dans les milieux bourgeois de province. Je me souviens de ma période de collégienne. J’étais inscrite dès la classe de quatrième dans un collège privé catholique de province et j’ai eu un véritable aperçu de ce qu’est le racisme primaire. Je me souviens en particulier de ce jour où j’ai demandé à un camarade très doué pour le dessin de faire mon portrait. Occupé à faire en cours de musique, ce que je croyais être mon portrait, il s’est mis à glousser avec ses amis avant de me tendre un papier sur lequel était dessiné un gorille, et de me dire l’air penaud « c’est ton portrait ». Je me souviens m’être simplement détournée et n’avoir rien dit. Il existe d’autres anecdotes encore comme le jour où un camarade a lancé une rumeur, racontant à qui voulait l’entendre qu’on m’avait adoptée en raison de la consonance occidentale de mon nom de famille. Je pourrais continuer car la liste est longue mais ces cas d’école montrent encore qu’il y a de profondes ignorances. Même dans les grandes écoles, on entend des bêtises incroyables sur le caractère tribal supposé de l’Afrique, et de la bouche des plus éminents professeurs.

Le malaise de la république c’est qu’elle écope d’une histoire, celle des enfants des territoires colonisés qui aujourd’hui pour beaucoup vivent en France. Il est difficile de concevoir une éducation adaptée car le système de l’assimilation ne fonctionne pas. Comment en effet faire intégrer aux petits issus de l’immigration que leurs ancêtres sont gaulois, ou encore que Jules Ferry, grand fer de lance de la colonisation, est un homme admirable ? Il y a un paradoxe très violent qui crée des fossés identitaires. En même temps, peut-on demander à l’école de la république de faire une histoire qui n’est pas la leur ? On ne saurait la blâmer puisqu’elle transmet ce qu’elle sait et ce qu’elle connait de son histoire. Est-ce le rôle des parents de donner un autre aperçu à leurs enfants ? Rien n’est moins sûr car certains parents ne sont tout simplement pas en mesure de le faire.

J’ai toujours été pour le retour en Afrique des jeunes français issus de l’immigration, du moins quelques séjours occasionnels. Il y a comme chez Aimé Césaire, le besoin de se ré enraciner dans ce qui ne contredit pas son identité. Se re-enraciner signifie connaître tout ce pan voilé de son histoire. Ce n’est pas toujours facile car repartir sur le continent africain c’est aussi s’exposer au rejet plein d’humour des africains eux-mêmes qui voient arriver une « blanche » ou un « blanc » en raison de son accent très français, de son attitude et même des croyances et des valeurs entérinées. Mais rien ne vaut une telle bousculade, c’est en tout état de cause le début du salut en ce sens que cela permet de découvrir ce que l’on est. Or être, c’est connaître l’histoire de ses origines, et se détacher du débat public français pour devenir plus épanoui. Après tout, quid de l’école républicaine et de ses écueils quand on sait d’où l’on vient ? Quid des grands discours contre les manquements de la France quand on sait que l’on a une autre patrie ?

En ce qui me concerne, je me sens peu touchée par les cris jetés contre le racisme, qu’il soit angélique ou diabolique pour reprendre la distinction opérée par Gaston Kelman. Je sais tout simplement que j’aime la France, mais que j’aime aussi le Togo, le Brésil et l’Allemagne. Rien ne me gêne vraiment car mon cœur est enraciné dans mes origines et surtout je n’ai pas attendu l’école républicaine pour connaître mon histoire. La bêtise ambiante ne me gêne pas car je sais ce que je vaux et le discours médiocre de conseillers pédagogiques (qui cachait un violent préjugé sur ma capacité à réussir étant noire/métisse) ne m’a pas empêchée de choisir ma voie et d’intégrer l’une des écoles adulées de la république. C’est ici un message d’espoir pour tous ceux qui se posent des questions, à vrai dire l’Afrique vous attend, elle attend de vous redonner du souffle afin que vous puissiez voler au-dessus de tout carcan, de tout préjugé, ou de tout plafond de verre. Au fonds, la reproduction sociale est le résultat non pas de l’école comme le pensait Pierre Bourdieu, mais de l’aperçu d’un horizon limité. Et quand cet horizon s’appelle la France, certains acceptent leur sort sans chercher à découvrir d’autres ailleurs. Il n’y a pas pire que l’aigle qui se voit comme un poulet. C’est le triste sort de nombreux jeunes français aux origines africaines.

Cécilia E. W.

 

1 Commentaire Paye ton Ecole raciste! L’école française dans la tourmente du racisme

  1. cue

    Arrêtez de pleurer, le métisse est l über Mensch du XXI em siècle. (suffit d’ allumer la tv ou d ouvrir n importe que journal pour comprendre, )
    Sinon moi pas comprendre pourquoi a la tv; les couples mixtes sont toujours un homme noir avec une femme blanche et jamais le contraire ?`? ?

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