Pour réussir dans la vie, l’origine sociale compte plus que l’origine ethnique ou géographique

C’est en effet la conclusion d’une étude que viens de publier le ministère français du travail. A niveau social équivalent, les enfants d’immigrés ont une mobilité sociale équivalente à celle des autres enfants. En tant qu’immigré, ce type d’information m’interpelle particulièrement.

En moyenne les enfants d’immigrés occupent plus souvent des positions sociales défavorisées : 45 % deviennent ouvriers, contre 30 % pour la population dite « majoritaire », 8 % deviennent cadres, contre 20 %  pour le reste de la population. Mais cette situation n’est pas liée au fait qu’ils soient immigrés, mais surtout au fait que leurs parents occupent une position sociale bien moins favorable : les deux tiers des descendants d’immigrés avaient un père immigré, contre 40 % de la population majoritaire.

« A origine sociale ouvrière équivalente, les fils et filles d’immigrés ont une « destinée sociale » proche de la population majoritaire », indique le ministère. Les fils d’immigrés dont le père est ouvrier deviennent ouvriers eux-mêmes dans 49 % des cas, contre 45 % pour la population majoritaire. Ils sont 9 %  à devenir cadres, contre 13 % pour les autres descendants.Si l’on tient compte de l’ensemble des caractéristiques sociodémographiques (âge, sexe, et niveau de diplôme notamment), « le fait d’avoir un père immigré n’a pas d’effet significatif sur les chances de devenir cadre », poursuit le ministère.

Les descendants d’immigrés sont moins souvent employés dans la fonction publique pour deux raisons : ils sont moins souvent fils de fonctionnaires et certains sont étrangers, ce qui leur ferme un grand nombre de postes. Les fils d’immigrés maghrébins sont moins nombreux à déclarer avoir obtenu une promotion (30 % contre 45 % pour la population majoritaire), et dans ce cas, à caractéristiques équivalentes, un écart persiste.

Cependant, l’étude omet de mentionner que si le fait d’être immigré ou fils d’immigré n’a pas d’effet significatifs sur les chances de devenir cadre, il bride significativement les possibilités de réussite tout au long du parcours. Je me souviens qu’en école de Management par exemple, certains programmes d’échanges internationaux d’étudiants (comme Erasmus) et les doubles diplômes, les programmes de bourses, son réservés aux français et Européens. De plus certaines écoles appliquent des frais de scolarité majorés pour les étrangers. Et une fois sur le marché du travail, le bridage se poursuit avec des limitations juridiques liées au statut d’immigré qui rebutent de nombreux employeurs.

Cette étude du ministère du travail complète un autre travail du ministère de l’éducation, qui montrait qu’à niveau social équivalent, les descendants d’immigrés réussissaient aussi bien, voire mieux, que les autres enfants. Elle devrait amener à revoir la place accordée aux discriminations par rapport aux inégalités sociales, et les priorités des politiques sociales. La lutte contre les discriminations comme la mise en avant de la « diversité » – sur laquelle tous les regards sont focalisés – sont nécessaires, mais de faible portée si on ne s’attaque pas au cœur du problème, les inégalités sociales.

Les inégalités sociales sont en effet le talon d’Achille du système capitaliste. Pour preuve? Les écarts entre riches et pauvres partout dans le monde se sont considérablement accrus au cours des 20 dernières années, comme le prouvent de nombreuses études économiques.

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