A propos du paradoxe de notre génération

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Une des lectrices de ce blog m’a envoyé ce mail :

Dans mes aventures africaines de Paris, plus j’avance plus je rencontre ce qui ressemble pour moi à des « paradoxes « . 

La jeunesse veut s’unifier et faire grandir l’Afrique mais cette jeunesse est divisée.

Il y’a ceux qui se contentent d’observer de critiquer, ceux qui n’y croient pas mais alors pas du tout.

Ceux qui disent « C’est bien ! J’attends de voir ce que ça donnera ».

Ceux qui s’abstiennent de critiquer, soutiennent même l’insoutenable sous prétexte que c’est un frère. Ces comportements aident-ils ?

En face nous avons les plus âgés qui regardent ce dynamisme, apprécient pour certains, participent (très peu) et d’autres qui se disent « c’est bien mais je ne viendrai pas m’asseoir avec des jeunes pour parler ».

What the Fuck ?! L’échange entre les générations ne serait-il pas une source de richesse et d’apprentissage afin que ce dynamisme aboutisse sur quelque chose de concret solide et puissant ?

Mon immersion dans la diaspora, cette force économique intellectuelle invisible en France est enrichissante mais elle soulève plus de problèmes que de solutions.

Voulons-nous vraiment agir ou voulons-nous seulement nous poser des questions et attendre que les autres agissent ? Le gain tout de suite est notre devise telle est mon impression. Est-ce la bonne attitude?

À chaque événement, rencontre, j’ai ce sentiment que l’africain d’ici ou d’ailleurs aime les mots, aime observer et trouve des raisons pour ne pas agir.

Le verbe nous est facile l’action est notre peur quand est ce que le courage sera notre ami ?

Songeant un premier temps à répondre directement à la personne qui m’avait envoyée ce mail, j’ai finalement préféré en faire un billet de blog. J’estime que de nombreuses personnes doivent partager ces interrogations. A mon sens, elles s’inscrivent dans un cadre plus global que je vais essayer de résumer ici.

Tout d’abord, Je pense que ce ne sont des paradoxes qu’en apparence. Cela n’empêche qu’elle a raison sur certains points. Les gens sont divisés. Mais c’est loin d’être un paradoxe. Les Hommes ont toujours été divisés et le seront toujours. On ne peut pas être d’accord sur tout. Cela ne signifie pas qu’on est paradoxaux. Cela démontre juste trois choses essentielles :

1- Les Hommes n’ont pas toujours les mêmes buts dans la vie.

2- Même ceux qui partagent le même but ultime empruntent différents chemins pour y parvenir.

Le fait que certains ne soient pas sur le même chemin que toi ne signifie pas qu’ils sont perdus (ou que toi tu es perdue). En leur temps, Martin Luther King et Malcom X avaient tous deux empruntés des chemins différents pour une même cause : l’émancipation des noirs américains. Contrairement au Dr King, Malcolm X ne prêchait pas l’égalité des races et la non violence, mais prêchait d’organiser les Noirs en une force cohérente, économiquement indépendante et aussi capable de se défendre, par la force s’il le fallait.

3- Même ceux qui prennent le même chemin ne sont pas toujours au même niveau de progression au même moment.

Certains ont de l’avance tandis que d’autres ne sont encore qu’au tout début. Certains découvrent par exemple leur passion très tôt, tandis que d’autres la découvrent tardivement.

Je suis d’avis que si veux réellement avancer, tu dois te focaliser sur ton chemin et seulement ton chemin, sans te laisser distraire (ni décourager) par tous les autres. Ne laisse pas le brouhaha extérieur étouffer ta propre voix intérieure. La petite voix au fond de toi (ce que les religieux appellent ton « âme », les philosophes ton « subconscient »), cette petite voix sait déjà tout ce dont tu as réellement besoin. Ecoute ta voix intérieure et suis ton chemin, sans préjuger que les autres qui ne sont pas sur le même chemin que toi sont perdus, et sans chercher à les changer. Ceux qui ont les mêmes aspirations intimes que toi seront naturellement attirés à toi. Ils te trouveront et te suivront spontanément sur ce chemin. De même, sur ce chemin, tu croiseras éventuellement ceux qui ont eu les mêmes aspirations que toi il a bien longtemps, qui ont emprunté ce même chemin bien avant toi. Certains d’entre eux (très peu), séduits par cette passion, prendront le temps de revenir de temps en temps sur leurs pas, pour te guider et t’enrichir. Mais rares sont ceux qui y consacreront beaucoup de temps, et il n’y a aucun problème à cela.

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Mes parents profondément pieux, sont de ceux qui vouent dévotion à Sainte Thérèse de Lisieux. Cela m’a marqué durant mon enfance je pense. Cette croyance religieuse selon laquelle certaines « âmes » ayant atteint leur but ultime, faisaient le « sacrifice » (je pèse mes mots) de revenir délibérément sur leurs pas pour guider tous ceux qui étaient sur le chemin. Cette pensée est commune à toutes les croyances et religions. Cette pensée selon laquelle les âmes descendent dans ce monde dans un ordre particulier, par cycles, s’incarnant à chaque fois dans de nouveaux corps physiques. Ce types de « figures » exceptionnelles est rare mais oh combien nécessaire. Car nombreux sont ceux là qui ont besoin d’être guidés. Nombreux sont ceux-là qui ont besoin d’un guide, et rares sont ceux qui ont l’armure de guides.

Physiquement chaque génération ressemble à la précédente, elle est cependant différente en ceci que les âmes qui la composent sont chargées de l’expérience acquise par les générations précédentes. Nous sommes tous des héritiers du passé.

C’est la raison pour laquelle chaque génération se caractérise par un certain ensemble de désirs et poursuit des buts qui diffèrent de ceux de la génération précédente. Ceci induit une évolution qui est particulière à chaque génération. Chaque génération naît avec un nouveau potentiel de désirs, et ce sont précisément ces désirs communs qui dictent l’évolution des sciences, de la culture, des arts, des relations au cours de telle ou telle époque.

C’est en ce sens que j’insiste parfois sur la nécessité de réfléchir sérieusement à notre place dans ce monde, en tant que génération actuelle. Une fois que tu as répondu à la triple question « qui suis-je, d’où viens-je et où vais-je ? » les choses te paraissent beaucoup plus simples. Une fois que tu t’engages dans une cause, tu gardes constamment à l’idée que tu travailles pour les autres. Que les autres l’acceptent ou non, c’est leur problème. C’est leur karma, leur destin. Mets toi toujours au niveau le plus bas possible pour être au service de ta cause et laisse toi guider uniquement par ton intuition personnelle. Mais les autres font ce qu’ils veulent. S’ils utilisent leur liberté pour prendre d’autres chemins, tu n’as rien à dire. Un jour, nous appartiendrons tous au passé et ne seront regardés à travers le rétroviseur de l’Histoire.

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