Vivre avec ses paradoxes et ses contradictions…

oxymore

Oxymore

« La marque d’une intelligence de premier ordre c’est la capacité d’avoir deux idées opposées présentes à l’esprit en même temps et de ne pas cesser de fonctionner pour autant. » Francis Scott Fitzgerald

J’ai lu quelque part il y a quelques années, que la marque d’un génie c’est d’être capable de saisir les vérités contraires et d’arriver à les transcender. Cette notion est restée gravée dans mon esprit et avec le temps, j’ai essayé de l’adapter dans mon quotidien. Au fil de mon apprentissage et de mes différentes lectures, ce concept a évolué au point où « think outside the box » est devenu un mantra personnel .

Ce modèle de pensée est devenu l’un de mes préféré. Il m’a appris à voir les limites liés au fait s’accrocher à des vérités absolues en apparences. Une fois que tu considères une chose comme absolue, figée, tu t’empêches automatiquement de la voir sous un angle opposé, ce qui signifie quelque part emprisonner ta liberté de penser dans un box, et t’auto-formater au modèle de pensée unique. Un bon exemple qui illustre cette nécessité de voir au-delà des visions conventionnelles est la question de la dualité onde-particule. J’adore cet exemple parce qu’il est scientifique, relativement récent et qu’il illustre parfaitement les limites de la pensée unique pour ainsi dire.

La dualité onde-particule est un concept fondamental de Physique Quantique, qui postule que toute matière présente à la fois des propriétés d’ondes et de particules. Tout à commencé il y a plusieurs siècles, lorsque les physiciens commençant à étudier la lumière, se sont mis à débattre sur la question de savoir si la lumière était composée d’ondes ou de flots de particules. le débat a duré des siècles, et leurs persistances en leurs croyances respectives les empêchaient d’envisager la possibilité que la lumière puisse être les deux en même temps. D’Isaac Newton à Einstein, chacun a mené des expériences et des recherches pour démontrer sa position. C’est seulement récemment qu’il fut prouvé que « onde » et « particule » sont des manières de voir les choses et non les choses en elles-mêmes. La métaphore du cylindre est souvent utilisée pour illustrer cette notion.

Métaphore du cylindre : objet ayant à la fois les propriétés d'un cercle et d'un rectangle

Métaphore du cylindre : objet ayant à la fois les propriétés d’un cercle et d’un rectangle

De la même manière, la pensée abstraite semble fonctionner comme cet exemple scientifique. Une chose et son contraire peuvent très bien être tous les deux vrais. Prenez ces deux opposés, par exemple:

Je ne sais rien, je sais tout

Socrate l’avait déjà compris lorsqu’il disait « tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ; et encore, ce n’est même pas sûr… ». 🙂

En effet, plus l’on apprend de nouvelles choses, plus on prend conscience de ce qu’on ne savait pas auparavant et de ce qu’on ne sait pas encore, et plus on réalise d’autant plus son ignorance. Toute nouvelle réponse, toute découverte, engendre de multiples nouvelles questions sans réponses dans une suite sans fin… C’est le paradoxe des savants qui doutent en permanences de leurs propres perceptions et connaissances.

Quatre siècle avant J.C., le sage chinois Zhuangzi exposait déjà les limites de l’intelligence humaine et la difficulté de séparer la réalité de l’illusion.

« Un jour, moi, Zhuangzi, je fis un rêve. Je rêvais que j’étais un papillon. je volais ça et là, heureux de mon sort de papillon. J’avais seulement conscience d’être un papillon. Je n’avais pas conscience d’être un homme. Mais je me réveillai soudain et à nouveau j’étais moi-même, Zhuangzi. Depuis, je ne sais plus si j’ai rêvé que je suis papillon, ou si je suis un papillon en train de rêver que je suis un homme. »

J’ai besoin des autres et de personne, pour être heureux

Le bonheur est avant tout « un état d’esprit » symbolisant le bien-être et non un point précis à atteindre. Le paradoxe du bonheur est que c’est une quête totalement personnelle mais impossible à mener sans les autres. Lorsqu’on fait la même chose tout le temps, on finit par ne plus apprécier cette chose. Le cerveau se lasse généralement des situations rigoureusement identiques : lorsqu’il tourne trop en rond, le cerveau s’ennuie, se lasse, déprime, étouffe. Avoir atteint le « bonheur tant désiré » n’est donc pas une garantie de « bonheur jusqu’à la fin des temps ». On a besoin d’excitation, de mise en danger, afin d’avoir pleinement l’impression d’être vivant. Ce qui nous pousse à aller vers les autres… Mais comme nous n’avons pas tous les mêmes besoins, (certains cerveaux se lassent plus vite que d’autres, certains ont plus peur que d’autres), notre bonheur est et restera personnel, une quête intérieure. Et cette quête intérieure relève autant de la connaissance de nos propres besoins, que de l’équilibre avec les besoins des autres…

Je veux tout, je ne veux rien…je t’aime, je te hais

Ce paradoxe m’a été inspiré par des relations, et une en particulier qui m’est chère. Ressentir des émotions, éprouver des sentiments…quoi de plus exaltant, et de plus chiant! Les émotions aident  à déplacer des montagnes ! C’est ce qui donne de la force ; ça donne du relief à la vie! C’est génial les émotions. La vie serait bien terne et tristounette sans tout ça. Mais les émotions c’est le bazar! Voilà le côté obscur de la Force. On serait même tenté de dire que mieux ce serait de ne plus en avoir tellement ils nous chamboulent dans tous les sens…nous poussent quelquefois à avoir un comportement irrationnel, voire suicidaire…Parce que lorsque tu es enthousiaste, l’instant d’après il arrive une contrariété et tu déprimes. C’est finalement épuisant ces hauts et ces bas! L’idéal ce serait de ne pas être joyeux, de ne pas être triste, juste zen,  détaché de ces montagnes russes émotionnelles. Être « détaché » tout en étant « attaché » n’est ce pas finalement qu’un autre paradoxe ?

Et pour finir, tout a une fin mais rien ne finit vraiment.

On voit bien que les contradictions nous concernent dans notre vie de tous les jours. Nous sommes tous des personnes contradictoires dans nos buts, nos tendances personnelles, dans nos actes, dans nos pensées, par la contradiction permanente entre corps et esprit qui se combattent et s’interpénètrent. Nous cherchons à penser le monde pour nous libérer et à le penser aussi pour l’enchaîner au déterminisme. Même le temps que nous percevons est lui aussi plein de contradictions. Certains instants nous semblent durer des siècles alors que la vie entière est très courte. Notre volonté nous dirige dans des directions complètement contradictoires : nous sommes très attirés par ce que nous repoussons. Nous remarquons bien souvent qu’en nous deux volontés opposés dialoguent et se confrontent.

Sans le paradoxe de la matière, de la vie, de l’homme et de la société, il n’y aurait pas toute la richesse des possibilités et des potentialités qui en font un monde à la fois passionnant et inquiétant.  Comprendre, expérimenter et accepter tous ces paradoxes, n’est-ce pas finalement la finalité de notre existence…ou de notre non-existence.?

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