Allégorie de la caverne : le complexe du voyageur solitaire

« Dans une demeure souterraine, en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ne nous ressemblent-ils pas ? Ils n’ont jamais vu directement la lumière du jour, dont ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu’à eux. Des choses et d’eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. Des sons, ils ne connaissent que les échos.

Que l’un d’entre eux soit libéré de force de ses chaînes et soit accompagné vers la sortie, il sera d’abord cruellement ébloui par une lumière qu’il n’a pas l’habitude de supporter. Il souffrira de tous les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l’on veut lui montrer. Alors, Ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure ? S’il persiste, il s’accoutumera. Il pourra voir le monde dans sa réalité. Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n’est qu’en se faisant violence qu’il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d’imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : ne le tueront-ils pas ? »

Ce texte est connu sous le nom d’allégorie de la Caverne. L’allégorie de la caverne est un mythe développée par Platon, philosophe grec de l’Antiquité et disciple de Socrate. En y réfléchissant, je me dis que cela décrit à peu près l’expérience même du voyageur que je suis. On ne reviens jamais d’un voyage comme on est parti. Si le fait de voyager a l’avantage d’ouvrir l’esprit, il a aussi l’inconvénient de nous rendre de plus en plus seul. 

Au fil de mes rencontres, je ne compte pas le nombre de fois où j’ai du entendre de la bouche des gens des choses contradictoires sur l’Etranger et sur leur propre pays. Comment expliquer à un américain persuadé de vivre dans le meilleur pays au monde qu’il y a d’autres endroits tout aussi chouettes ? Comment expliquer à ces immigrants qui ont accompli leur « rêve » ici mon désir de retourner dans mon pays ? Et comment (et pourquoi) expliquer à ceux qui n’ont jamais bougé de chez eux ce qui se passe ailleurs ?

Comme disait le comédien Sacha Guitry, je m’aperçois en somme que les voyages, ça sert surtout à emmerder les autres une fois qu’on est revenu !

« Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent la raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche. » Montaigne

2 Commentaires Allégorie de la caverne : le complexe du voyageur solitaire

  1. Ismael Dang

    Je me suis souvent demandé si nos anciens frêres noires qui ont décidé de quitter l’Afrique pour fonder la civilisation Européenne ont acquis ces capacités à cause de ce voyage. Je pense que le voyage vous change, modifie notre perception, notre mode vie car étant obligé de nous adapter pour survivre. Cela a des avantages et des inconvénients surtout lorsque nous retournons chez nous. Mon pays est devenu un peu un mythe…

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    1. Neo

      C’est indéniable qu’on ne reviens jamais d’un voyage comme on était parti. Quelquefois, c’est effectivement plus facile de rester où on est ou d’aller conquérir de nouveaux espace que de retourner sur ses pas.

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