[Billet invité] Ces élites africaines riches matériellement, mais pauvres idéologiquement.

Une Range Rover dans un bidonville d'Abidjan...comme on en croise dans toutes les grands villes d'Afrique

Une Range Rover dans un bidonville d’Abidjan…

On a toujours cru que le problème principal des africains était le manque de moyens financiers et par conséquent une difficulté chronique à s’octroyer les biens matériels nécessaires à la vie (aliments, vêtements, logements,…). Mais force est de constater que même ceux qui possèdent ces moyens financiers ne sont pas toujours des modèles de vie en Afrique. Le problème est donc ailleurs, même s’il est vrai qu’il serait bien que les africains deviennent tous matériellement riches, ça serait une grave erreur de croire que les rendre riches résoudrait tous les problèmes du continent.

Pour étudier le comportement de la classe bourgeoise africaine, il est important de la classifier car les biens des africains bourgeois n’ont pas tous la même origine.

1- La bourgeoisie gouvernementale (Bourgeoisie d’État)

Cette classe est la plus importante et la plus arrogante. Elle est constituée en premier lieu par les chefs d’États et des hauts fonctionnaires qui puisent sans se gêner dans les caisses de l’État, leurs salaires ne sont jamais rendus publics, ils mènent une vie à l’occidentale bien que vivant en Afrique. Leur repas, vêtements, eau minérale, médicaments sont tous importés aux frais de l’État. Ils dépensent sans compter et pour chacun d’eux, ne pas avoir une villa à la côte d’azur est un crime. Leurs enfants ne fréquentent pas les écoles du pays, ni ne se soignent au pays. Les présidents eux même au moindre symptôme de migraine, ils prennent l’avion pour Paris ou Londres afin de se faire suivre par ceux qu’ils considèrent comme des « vrais médecins ». Bref, ils dirigent des pays auxquels ils n’y croient même pas puisqu’ils construisent des écoles sans être capables d’y envoyer leurs enfants, construisent des hôpitaux sans être capables d’aller y suivre un traitement, si les populations devaient copier leur style de vie, elle devrait tout simplement fuir le pays pour faire comme leurs présidents.

A leurs domiciles, télévisions et radios sont branchées 24h/24 sur France24, BBC, RFI, CNN (…), les placards sont pleins de vestes, costumes, cravates des plus grandes marques occidentales. Les plus grands champagnes du monde et autres vins prestigieux accompagnent toujours leurs copieux repas. Les parkings sont pleins de véhicules dotés par l’État et ils ont toujours avec eux des bons gratuits de carburant. Très peu seraient capable de vous dire combien coûte 1L de carburant ou une baguette de pain mais vous citeront les prix dans tous les supermarchés de Paris. Leurs épouses n’accouchent jamais au pays, d’ailleurs certains de leurs enfants ne portent pas de noms africains. On verra très souvent des enfants se nommer : Alain pascal, Daniel François, ou Éric Le champ. Dans ces familles, le plus souvent, il est très rare d’entendre parler une langue africaine, c’est ainsi que des générations d’enfants perdent chaque jours cet instrument vital de la culture qui est la langue maternelle. Pour ces familles, c’est un signe de progrès de ne connaitre aucune langue africaine. Pour finir les africains de cette classe de bourgeois sont prêts à intégrer n’importe quelle secte pernicieuse ( Franc maçonnerie, Rose croix, Iluminatis,…) afin de garder leurs privilèges. Les puissances impérialistes savent souvent les pêcher en vue de les propulser au pouvoir dans le but de contribuer au pillage du continent.

2- La bourgeoisie des hommes d’affaires

Ils sont bien nombreux ces africains qui ont fait fortune dans les affaires. Mais malheureusement, leur richesse provient beaucoup plus de la vente des produits importés et non de la transformation réelle des ressources du pays. C’est ainsi que l’Afrique possède des hommes d’affaire véritablement riches, mais le continent reste lamentablement sous-industrialisé. Bien qu’ils possèdent les mêmes tares que la première classe citée plus haut, ceux-ci ont tout de même le mérite de vivre avec l’argent issu de leur commerce et dont de leur effort personnel.

3- Les africains de la diaspora

Sortis du pays pour les études, beaucoup s’installent en occident à la fin de leur parcours académique. Une minorité parvient à intégrer des professions à forte rémunération. Quelques uns investissent dans leur pays d’origine, montent des petites affaires, mais l’essentiel reste toujours dans la logique d’acheter en occident pour vendre en Afrique. Ce qui ne crée pas véritablement de richesse. Une écrasante majorité a toujours un regard condescendant sur leurs compatriotes restés au pays. En occident, ils se réclament africains lorsqu’ils sont victimes du racisme, mais une fois en Afrique, ils souhaitent vivre comme en occident. Encore une fois, malgré les tares citées plus haut, ils vivent tout de même du fruit de leur labeur en Europe. Par les transferts d’argent, ils parviennent tout de même à sortir de nombreuses familles africaines de l’extrême pauvreté. Mais leurs actions seraient plus efficaces si ces derniers agissaient en groupes et de manière organisée. L’État a donc un grand rôle à jouer pour potentialiser cette force économique que constitue la diaspora africaine.

4- Les conscients

Cette classe minoritaire recrute ses membres dans toutes les classes citées plus haut. Ils sont amoureux de leur africanité, sont beaucoup moins aliénés que les autres, essayant à leur niveau d’apporter leur modeste contribution à l’émergence industrielle du continent. Dans des pays où c’est la médiocrité qui est érigée en règle, il n’est pas toujours facile pour eux de s’en sortir car tout le monde cherche à les escroquer. Ce groupe ou cette classe que j’appelle les dinosaures de la renaissance africaine n’est pas seulement matériellement riche, il est également culturellement aguerri. Ils doivent être connus et érigés en exemple pour les jeunes générations qui manquent cruellement de repères.

En guise de conclusion, nous pouvons dire que la renaissance africaine ne se fera pas seulement en rendant les africains matériellement riches. Il existe également un impératif dans la formation culturelle et idéologique car un africain matériellement riche mais culturellement et idéologiquement pauvre demeure un danger pour le continent.

Martin Fonkoua.

9 Commentaires [Billet invité] Ces élites africaines riches matériellement, mais pauvres idéologiquement.

  1. laf

    constat lucide. on attend le second volet sur les solutions. Faire la promotion de l’idéologie et de la culture est louable mais comment y arriver? l’Afrique est actuellement le meilleur élève de l’école de Chicago, celle qui vante les mérites de la main invisible du marché (dans la poche des plus pauvres) et le sacro saint individualisme. pas étonnant dès lors que la loi de la jungle et la différenciation ostentatoire s’imposent dans tous les champs d’activités, des plus nobles (justice, santé, éducation) aux plus mercantiles. Enfin, ne comptez pas trop sur la bonne volonté ou le bon sens pour améliorer les choses… seul un basculement des causes de la création de richesse vers le domaines du « coopératif » latéral permettra de mettre à bas le système concurrentiel vertical et son cortège de misère.

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  2. Bob

    Bonjour,

    Nous avons besoin d’un article qui parle des solutions en détaille.

    Sur les catégories 3 et 4 , il plus allez en profondeur.

    Merc à vous

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  3. Mireille Okedjenou

    Très belle analyse Martin. Le défi de la renaissance Africaine est aussi et surtout culturel.
    Je reste cependant sur ma faim concernant les alternatives proposées, les propositions de solutions à mettre en œuvre. Je prie pour un autre article en ce sens.
    Bonne continuation.

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  4. Haidara kassamba

    Article bâclé alors qu’il était plein de promesse. Je lis plutôt un constat, une classification des  » élites  » africaines et non le comment ou le pourquoi de leur inculture.

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  5. Anonyme

    Bravo pour cet article. Et pour ceux qui attendent des solutions, vous pouvez aussi commencer à y réfléchir. C’EST un travail de groupe qui permettra d’avancer. Il a déjà fait un constat assez profond. Il pourra réfléchir aux solutions mais cela sera d’avantage riche si on était plusieurs à s’y pencher.
    Selon moi, la première solution est que la diaspora commence à rentrer. Pour profiter du matériel et de la culture africaine, il faut déjà souffrir pour construire cela en Afrique. Pas rester en Europe en s’indignent sur Internet face à la moindre situation. C’EST un peu stérile la révolte d’Internet à distance….

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