Pour la première fois depuis 1992, les Nations unies ont décrété l’Etat d’urgence suite à une vague de famine sévissant actuellement dans deux régions au sud de la Somalie. En raison de la pire sécheresse depuis 50 ans, des dizaines de milliers d’enfants sont déjà morts de faim et dans certaines régions, la moitié de la population est sous-alimentée. Des milliers de Somaliens se sont enfuis en Ethiopie et au Kenya voisin, à la recherche de nourriture et d’eau, et beaucoup sont morts en chemin. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a évalué que des agences humanitaires auraient besoin de 300 millions de dollars US pour fournir l’aide aux près de 12 millions de personnes dont les vies sont maintenant en danger.
Au delà de l’émotion que peut susciter cette effroyable tragédie, je m’interroge juste en tant que jeune africain de la génération Y. Comment en est-on arrivé là ? Comment se fait-il qu’en 2011, 26 ans après « We are the world » et les centaines de millions de dollars dépensés pour combattre la famine, les choses n’aient pas évoluées dans cette région du continent ?
Aux sources du problème
Les causes de la faim dans le monde en général sont connues : une injustice profonde dans la distribution des richesses de notre planète. Qu’il s’agisse du capital détenue par une infime minorité, ou d’un accaparement des terres par une minorité réduite de très grands propriétaires, de profondes inégalités sont toujours source d’instabilité. D’autre part, les pouvoirs publics du Nord qui subventionnent leur agriculture, et les spéculations boursières sur les matières premières et les denrées alimentaires n’arrangent pas les choses.
Mais en quittant le niveau macro pour regarder de plus près la situation en Somalie, c’est encore pire comme l’explique en détail cet article de Courrier International. La somalie n’a en effet de pays que le nom. Ce territoire plus vaste que la France, n’a plus de gouvernement officiel depuis…1991. Plutôt qu’un Etat, la Somalie est depuis 20ans un territoire anarchique sans loi ni gouvernement au sens « occidental ». Divisés en clans/sous-clans ethniques sans cesse en guerre les uns contre les autres, c’est devenu un repaire de trafiquant de tout genre. Le chaos a engendré et fait prospérer de nouvelles sortes de parasites, qui se nourrissent de la guerre et de l’anarchie ambiante : des pirates, des trafiquants d’armes, des vendeurs de drogue, des importateurs d’aliments pour bébés périmés (et souvent avariés), bref, des individus qui ont tout intérêt à ce que la pagaille dure et que les choses restent telles qu’elles sont. La dominance de l’islamisme n’arrange pas les choses (La quasi totalité des Somaliens pratiquent l’Islam Sunite). Entre les islamistes modérés et les radicaux déterminés à faire le djihad contre tout ce qui ressemble de près ou de loin à l’occident, les somaliens (surtout les plus jeunes) qui n’ont forcément pas choisi la situation dans laquelle ils se retrouvent, semblent condamnés. Et comme si cela ne suffisant pas, la sécheresse de cette année est venue sceller définitivement leur sort.
Mesures dans l’immédiat
Mais tout ceci n’enlève rien à l’urgence de la situation alimentaire. Il est impératif de mettre de coté les réflexions philosophiques et prendre des mesures face à cette famine. 300 millions de dollars pour extirper de la famine 12 millions de personnes ça semble élevé. Mais comparé aux dépenses habituellement faites par l’occident pour d’autres problèmes, c’est une broutille. Comme disait un de mes amis sur Facebook, Il a fallu un week-end aux « pays riches » pour décider de déverser des milliards de dollars en bombes et missiles sur la Libye. La Corne de l’Afrique et sa famine attendent encore. En effet, en un seul weekend de combats, plus de 110 missiles de croisières Tomahawk ont été lancés en Libye. A raison de 650 000 € le missile, le calcul est vite fait. Les analystes évaluent le cout d’une guerre comme celle en cours en en Libye à plusieurs milliards d’euros, pour un résultat plus que discutable. De même le cout du sauvetage du système bancaire dépassait les 6000 milliards de dollars. Rien que le 1/10 de ce montant suffirait à éradiquer complètement la famine, la malaria, et l’analphabétisme dans le monde.
Alors, prétendre un manque de moyens serait faire preuve de mauvaise foi. Ce qui manque c’est une mobilisation de la communauté internationale au-delà du cercle des personnes habituées à donner à une association humanitaire et une prise au sérieux de ce problème. D’ailleurs en France par exemple, les dons de particuliers à des organismes tels que l’Unicef ou Action contre la faim sont déductibles des impôts. En d’autre termes, un particulier qui envoie un cheque de 100€ reçoit 75€ de déduction fiscales. Le don ne lui coute que 25€ finalement.
A plus long terme..
Alors ya t’il moyen de traiter le mal à la racine pour qu’on n’en reparle plus dans quelques années. certainement! Des solutions existent aussi bien en Afrique (réformes agraires, etc…) qu’en occident (réorientation des politiques d’aide…). Mais à défaut d’une réelle volonté politique de la part des africains et de la communauté internationale, on continuera à soigner les symptomes sans t’attaquer au mal.





1 h 49 min
Paraîtrait-il (je n’ai malheureusement pas de sources crédibles sous la dent) que l’un des problèmes majeurs serait la distribution des aliments sur le territoire plus que la levée des fonds. Comment se fait-il que des stocks et des stocks d’aliments soient gelés dans des entrepôts parce que les autochtones attendent l’autorisation de l’ONU comme nous le présente les médias?
16 h 18 min
@ Blingcool,
En effet, en plus de la disponibilité de la bouffe, se pose aussi le pb de la distribution. Les islamistes radicaux ayant « chassé » les ONG occidentales du pays, l’aide a du mal à atteindre les vrai nécessiteux. les convois d’aide sont fréquemment interceptés ( attaqués et pillés). D’ailleurs certains locaux prétendent que toute cette médiatisation n’est qu’une campagne de dénigrement orchestrée par l’occident qui cherche à tout prix à noircir le tableau pour justifier son ingérence dans les affaires africaines… Du coup, même l’ONU réfléchit à deux fois avant d’envoyer les médecins et infirmiers risquer leur vie.
Dommage qu’on n’entende pas beaucoup les instances officielles africaines sur ce coup (Union Africaine, Banque Africaine de dévellopement, etc…).
16 h 00 min
Je commençais à croire que j’étais le seul bloggeur du voyage à m’interesser à cette famine !
Pour ma part, je donnes moins d’explication sur la famine, ses causes et ses conséquences. J’explique plutôt comment conrètement faire un don, avec 75% de la somme déduite des impots :
Comment faire un don à la corne de l’Afrique ?
En espérant que les dons récupérés serviront aussi à promouvoir les agricultures locales et vivrières face aux agricultures industrielles, qui ne servent que très rarement les populations locales, et qui de plus détériorent les terres !