Combien d'africains font volontairement partie des immigré choisis?

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Les populations d’origine africaine ont-elles raison de se sentir visées par le nouveau projet de loi sur l’immigration ? Pourquoi cette intime conviction que le concept d’ « immigration subie », a été conçu, non pas contre les immigrés en général (Indiens, Chinois ou autres), mais contre les Africains, en particulier ?

Il est vrai que si, globalement, l’immigration jouit d’une image négative dans l’opinion publique, le jugement des Français est encore plus sévère, quand cette immigration est d’origine africaine. C’est qu’aux yeux de l’opinion, l’Africain a tendance à faire partie de la mauvaise catégorie d’immigrés, celle des clandestins potentiels : éternel étudiant ouest-africain, sans papier malien polygame, faux réfugié « zaïrois » ou femme sahélienne s’installant avec un faux visa de tourisme. Les images télévisées récurrentes de migrants prenant d’assaut les frontières européennes confortent cette perception.

Pourtant, à côté du préjugé tenace qui voudrait que le continent noir soit le pourvoyeur officiel et exclusif de sans papiers, l’Afrique a aussi ses élites. Et elles sont de mieux en mieux formées dans des domaines plus opérationnels que le latin ou la grammaire auxquels leurs aînés nous avaient habitués. Mais on peut d’ores et déjà parier que ces élites-là ne feront pas partie du convoi des immigrés choisis, non pas parce que la France n’en veut pas mais tout simplement parce qu’elles ont les yeux tournés vers d’autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou la Grande-Bretagne. En pensant que les diplômés africains souhaitent poursuivre leurs études ou exercer un métier en France, on se trompe. Valable à l’époque des années 30 à 60 lorsque la France attirait les élites africaines littéraires, ce diagnostic ne correspond plus à la réalité. L’élite africaine diplômée, en particulier dans des formations technologiques ou managériales, ne considère plus la France comme une destination prioritaire. Selon la formule répandue, « la France ne fait plus rêver ».

Les raisons de ce détournement vers les pays anglo-saxons sont nombreuses :

  • d’abord, les formalités administratives d’entrée et de séjour sur le territoire, même contraignantes, sont, dans l’esprit des futurs talents, plus faciles à surmonter ailleurs qu’en France : beaucoup d’entre eux témoignent de leurs difficultés à obtenir des visas dans le pays d’origine et des permis de séjour temporaire en France ;
  • ensuite, une fois le diplôme obtenu, les possibilités d’embauche sont plus grandes non seulement parce que le marché du travail de ces pays est plus souple mais, en outre, parce que les discriminations liées à la couleur de peau, dans des sociétés qui admettent leur caractère multiculturel, ont fait l’objet d’une prise de conscience moins tardive qu’en France ;
  • enfin, la présence d’une bourgeoisie africaine dans ces pays leur laisse entrevoir des possibilités d’ascension sociale plus grandes.

Par conséquent, la France laisse s’en aller vers des destinations plus attirantes les élites africaines bien formées et se voit contrainte de gérer, avec les autres pays européens, des situations comparables à celles de Ceuta et Mellila ou, lorsque les immigrés sont installés dans l’Hexagone, des conditions d’intégration pénibles et suffisamment dissuasives pour donner une image négative de la France à ceux qu’elle est supposée attirer.

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