La faim est…bonne !

… Je me souviens encore, de la violence avec laquelle ces mots s’étaient emparés de mon imagination. Je me souviens avoir été littéralement hypnotisé par Gordon Gekko et son maniérisme reptilien. Le discours qu’il avait tenu dans le film « Wall Street » avait le parfum de ces vérités éternelles qu’un homme pouvait adopter comme principes directeurs de son existence. “La faim est bonne”… ces mots, entendus il y a bien longtemps, résonnent toujours dans mon esprit… aujourd’hui plus qu’hier, puisque leur portée philosophique est, à  mon sens, d’une troublante actualité.

“Certains m’accusent de voracité. Et bien, la voracité mais je dirai plutôt la faim, est utile. La faim est bonne. La faim est un moteur. La faim clarifie les problèmes. Elle décèle et s’imprègne de l’essence même de l’évolution de l’esprit. La faim, sous toutes ses formes, oui, la faim de la vie, de l’amour, de l’argent et de la connaissance a marqué chaque pas en avant de l’humanité”

La faim n’est rien d’autre que l’ambition… qui est un mot tellement connoté chez nous, qu’on l’associe presque immédiatement à  l’opportunisme et à l’arrivisme. Deux maladies honteuses dont les porteurs sont mis au ban de la société. Leur appétit est une malédiction plus virulente qu’une souche d’Ebola. Pour moi, la faim… l’appétit… l’ambition… font partie de ces choses dont l’excès est toujours préférable au défaut et il vaut mieux en avoir trop que pas assez. Je m’explique !

Tom Friedman, du best seller “The World Is Flat” (“La Terre est Plate”) décrit dans son excellent ouvrage le processus de globalisation qui, nous le savons, a connu une formidable accélération ces 30 dernières années grâce à  (ou “à  cause de”, si tu milites chez les altermondialistes) ce qu’il appelle les “flatteners”. Ces derniers sont les éléments qui, selon Friedman, “aplatissent” notre monde. Chacun de ces “flatteners” converge de plus en plus vers la création d’un monde interconnecté qui facilite le travail collaboratif grâce aux nouvelles technologies, et le dépossède, par la même occasion, de ses frontières: les pays émergents, l’Afrique, ne font plus de la figuration sur la scène internationale et réclament, aujourd’hui, leur juste part des richesses de ce monde.

La face du monde a totalement changé ces 30 dernières années, et ce n’est pas fini. Loin de là!

En somme, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud… viennent concurrencer les vieilles puissances économiques occidentales et japonaise sur leur propres terrains… et dans tous les domaines: oublies les “call-centers”… ils ne sont que la partie visible de l’iceberg. Aujourd’hui, Infosys (indien) se sert dans le frigo d’Accenture et d’IBM (américains). Tata Motors, constructeur automobile indien, joue sans complexes dans la cour des grands et a racheté aux anglo-américains les marques Jaguar le Land-Rover. Tengzhong (chinois), tente toujours d’arracher la célèbre marque Hummer à GM (américain). Lenovo, fabriquant de PC chinois a racheté la division PC d’IBM il y a quelques années et figure dans le top 5 mondial de sa catégorie (il vient de perdre un duel qui l’opposait À  Acer et qui a vu ce dernier avaler l’européen Packard Bell. Juste pour ton info, Acer est… Taiwanais). Huawei, la plus grande compagnie de télécommunications privée de Chine, fournit les services et leurs produits dans quelque 30 pays africains, talonnés par les Sud-africains MTN et laissant Orange et autre Vodafone sur le carreau. Les fonds d’investissement Koweitien, Saoudiens, et Brésiliens, on rendu les aides de la coopération française totalement obsolètes.

La liste des exemples s’allonge et aucun grand groupe mondial un tant soit peu sérieux et respectueux de l’intérêt de ses actionnaires ne peut, aujourd’hui, faire l’économie d’une stratégie long terme dans ces pays qui sont, ne serait-ce que par leurs populations, les relais de croissance de demain. Ces populations ont longtemps été les silencieuses victimes de modèles économiques étouffants qui les avaient contraintes à  une sorte de Ramadan ou de carême perpétuel. Mais tout cela est bel et bien terminé.

Aujourd’hui, c’est la revanche pour tous ces entrepreneurs, ingénieurs, MBA, inventeurs et capitaines d’industrie. Leurs appétits ne sont plus bridés par d’anciennes législations socialistes qui avaient dressé un mur entre l’ambition de leurs citoyen et un marché qui allait vers toujours plus de dérégulation sous la férule d’une OMC toute puissante.

Alors, oui, aujourd’hui c’est la rupture du jeûne… et devine qui est le mouton ?

Toi.

Après qu’il eut publié son livre, Tom Friedman a été extrêmement sollicité par le monde journalistique qui voulait obtenir de l’auteur une explication plus détaillée (ou condensée) de sa nouvelle grille de lecture. J’en avais lu un certain nombre mais l’une d’entre elle, en particulier, avait retenu mon attention. Elle se concluait par la question suivante:

Mr Friedman, quels conseils donneriez-vous aux jeunes de notre époque, À  la lumière de vos récentes découvertes?

– Quand j’étais enfant, mes parents me disaient: “finis ton diner! Des petits chinois, des petits indiens et des petits africains de ton âge meurent de faim et seraient ravis de manger ce qui reste dans ton assiette”. Aujourd’hui, je dis à  mes filles: “finissez vite vos devoirs! Des petits chinois et des petits indiens s’affairent, en ce moment même, sur les leurs et ne rêvent que d’une seule chose: vous piquer vos jobs”

Scary isn’t it…?

Voila pourquoi la faim est bonne, ma gueule: parce que si tu ne fais pas montre d’assez d’appétit… sache que d’autres ont les crocs. Et au cas où tu te poserais encore la question: c’est bien ton assiette qu’ils sont en train de reluquer…

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