Les longues études en Afrique ne servent à rien!

Le monde ne t’a jamais paru si instable…si effrayant. Effrayant parce que tu sais qu’aussi terrifiant qu’il soit, tu y es né. On ne t’a pas laissé le choix de naitre. Tu est là, Et tu sais que tu devras y faire ta place. Je Suis sûr que comme Néo, dans Matrix, tu as déjà commencé à chercher des réponses à ces nouvelles questions qui, plus sûrement que la caféine, ont ôté le sommeil de tes paupières: comment réussir aujourd’hui? Quels sont les facteurs clés de succès? Ai-je bien été orienté? Mes  opinions politico-religieuses me poseront-elles problème? Tu as été déçu par le discours moyenâgeux de ta conseillère de “désorientation ».

“Tu sais mon fils, l’avenir, c’est le concours de la fonction publique”.

Tu as eu des doutes quand ton professeur au lycée t’a dit de son ton le plus rassurant “qu’avoir de bons résultats à l’école, c’est un pont d’or vers la réussite professionnelle”. Mais de guerre lasse tu as fini par les croire. D’ailleurs, as-tu vraiment le choix? Tout le monde dit la même chose, il doit bien y avoir du vrai la dedans non? C’est pour ça que tu as bu toutes ces réponses comme autant de verres d’eau glacée après une longue traversée du désert. Elles t’ont rassurées. Elles t’ont réconciliées avec le sommeil…

…Jusqu’à ce que tu aies vu Amine, Docteur en microbiologie faire du Call-box au marché, ou Michel, ingénieur chimiste, prendre un visa pour la France et se spécialiser dans l’épluchage de patates dans la cuisine d’un petit restaurant Parisien. Ça y est.. Le réveil est brutal; c’est la douche froide. Tu sens la panique monter. A quoi ça sert donc de faire des études si les grands du quartier qui m’ont précédés sur ce chemin se retrouvent à mendier des jobs ou à subir l’humiliation répétée de la lettre de refus partout où ils postulent? A qui la faute? L’Éducation Nationale? En partie…

Elle te prépare à un monde qui n’existe plus. Celui de l’insouciance des années soixante. La période de plein emploi, de la construction de l’Afrique d’après indépendances. Les années glorieuses où nos parents entraient à la fonction publique avec simplement le Bac, où ils rentraient fièrement se mettre au service du pays après leurs Diplômes obtenus à l’Université de Paris-Sorbonne grâce à une bourse de la coopération française. Ahhhhgg… le bon vieux temps….

Voilà donc! Tu es un pur produit de cette magnifique institution héritée de la colonisation. Cette gigantesque usine qui continue de standardiser, décolorer, uniformiser, vampiriser les intelligences d’étudiants devenus des robots incapables de prendre des risques, et dont le seul rêve est de devenir un jour fonctionnaires…quand ce n’est pas d’immigrer illégalement en Europe.

Du reste, j’ai également appris à me méfier d’une institution qui prétend former les intelligences qui feront l’Afrique demain, et qui est incapable d’enseigner correctement ne serait ce que l’anglais en 12 années de matraquage intensif du cerveau.

Si tu pensais que ton BTS compta, ton Master informatique ou ton DEA sociologie te mettraient à l’abri, Si tu croyais que ta licence de Marketing et Communication « mention Bien » allaient t’ouvrir toutes les portes des entreprises du pays ou des universités occidentales, tu rêves mon cher! Tu rêves trois fois.

Connais tu-seulement le pourcentage d’étudiants indiens parfaitement bilingues? 100%. Combien en Afrique? Certaines études très sérieuses prédisent déjà que la Chine sera bientôt le 1er pays anglophone au monde à cause de sa population. Ce pays produit déjà le plus grand nombre de diplômés au monde. L’Inde en produit 2,5 millions par an, le Maroc 60 000. Le nombre d’étudiants sortant annuellement des écoles d’ingénieur, de management, etc. est devenu tel que les jeunes diplômés aujourd’hui ressemblent de plus à plus à des boites de conserve standardisés sur un rayon de supermarché. « Pourquoi en choisir un et pas un autre ? »

L’abondance est devenu TON problème. Quand tu envoies ton dossier pour intégrer cette université canadienne, 4000 autres étudiants du monde entier en font autant. Quand tu postules pour un emploi chez Orange, 5000 autres candidats en font de même, quand tu vises cette bourse d’étude (ou subvention), c’est contre 1000 autres jeunes que tu te bas… Quand tu sollicites un western Union d’un ami en Europe… Quand tu cherches à louer ce studio…OK! J’arrête là. je crois que tu commences à comprendre…

Où est ce que je veux en venir avec tout ça?

C’est simple : dans ce grand tout qu’est le monde, tu n’es RIEN. Le monde entier se fiche de ton existence. Tu n’es important pour personne, et ta mère est la seule qui ait jamais entendu parler de toi. En clair, tu es comme un rouleau de papier toilette. Ton sort n’intéresse PERSONNE.

Avec la mondialisation, ce bout de papier appelé diplôme n’est plus l’élément différenciant de ton profil qu’il était autrefois. Sauf bien-sur à sortir des écoles les plus prestigieuses du monde. Alors, au lieu de t’échiner à dégoter une inscription dans une obscure université Allemande de 5eme rang, tu ferais mieux d’économiser cet argent et de l’investir dans des actifs à réelle valeur ajoutée…en Afrique.

2 Commentaires Les longues études en Afrique ne servent à rien!

  1. Madongui

    Je suis à 100% d’accord avec l’auteur de cet article!
    Depuis mon enfance, j’ai été très douée à l’école (bien souvent plus que les enfants de mon âge). Alors, mon entourage -parents, enseignants- me martelaient que par l’école, je m’en sortirais. Et en effet, je m’en suis sortie Presque…
    A 17ans, le bac décroché d’office quand la moyenne d’âge de ma classe était de 23 ans; 2ème sur 298 au concours d’entrée d’une grande école de commerce; 5 ans plus tard, un master de gestion en poche, je m’envole, détentrice d’une super bourse d’études de coopération, vers l’Occident pour poursuivre mes études dans une prestigieuse université. Un autre master décroché haut la main, puis un diplôme professionnel avec une spécialité d’enfer, je rentre au bled bardée de diplômes et entre dans la Fonction Publique comme cadre supérieure. Réaction de l’entourage: « bravo, tu as réussi! tu es un exemple pour tous! »
    Pourtant, après tant d’années en Occident, le retour au pays fut brutal: le niveau de vie des gens a régressé de 10 ans au moins, la paupérisation s’est accrue, personne ne mange à sa fin parce que l’agriculture n’a pas décollée.
    Avec ma tonne de diplômes, je me sens étrangement inutile dans tout ça. Oui je suis douée quand il s’agit d’élaborer le budget de mon ministère, de l’exécuter et de le liquider; oui, je rédige de belles fiches techniques à l’attention de monsieur le Ministre. Mais à part nous les membres du cabinet, tous les autres personnels crèvent la faim. Mon joli verbiage ne sert pas à construire routes, hôpitaux ou écoles dont nous avons besoin; au contraire, il sert à chanter les gloires de nos dirigeants. Mais je continue de recevoir des jeunes qui viennent me voir pour savoir comment faire pour rejoindre l’Occident et devenir comme moi (cadre avec un poste intéressant). S’ils savaient…
    S’ils savaient que je suis en train de préparer ma démission car la bureaucratie n’est pas notre avenir, je le réalise chaque jour. Certes, il nous faut des médecins, des ingénieurs, des chargés d’études mais il nous faut aussi et surtout des agriculteurs et des micro-entrepreneurs dans tous les domaines. Courir après la surdiplômation ne nous mènera nulle part. Il est sympa mon bureau feutré, mon assistante qui m’apporte le café et le journal chaque matin, ma maison de fonction et tout le tralala. Mais je n’ai pas l’impression de servir efficacement mon prochain. Ça pourra stupide pour certains, mais ça me pose un problème de conscience. Nous, intellectuels africains, n’auront de raison d’être que si notre savoir-faire et nos connaissances pratiques apporte une véritable plus-value dans la résolution des problèmes immédiats du continent. Malgré mon niveau, j’ai plus de respect pour ces vieilles dames qui font vivre nos marchés grâce aux fruits de leurs maigres récoltes, pendant que moi, dans mon confort, m’échine à écrire des discours sulfureux (dont elles ne saisissent même pas le sens des mots) que M. le Ministre ira leur vomir à l’approche des élections législatives pour obtenir leurs voix!

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