Pourquoi je ne retournerais pas occuper un poste dans mon pays (Partie 2/2).

Travaillons tous main dans la main pour le bien de notre monarque

J’aime cette phrase. Elle personnifie à elle seule l’état d’esprit de 98% de la population africaine. L’agilité dans l’adaptation n’est pas inscrite dans les gènes de mes frères… il suffit de lire un tout petit peu la presse locale aujourd’hui pour t’en rendre compte… ou de perdre mystérieusement quelques marchandises au port de Douala à cause de l’excès de zèle de certains douaniers. Les mesures (privatisation des entreprises publiques, ouverture des marchés à la concurrence extérieure) imposées par le FMI/Banque Mondiale aux gouvernement en place sont-elles les bonnes ? Je ne sais pas. A la limite ce n’est plus mon problème aujourd’hui (ma fuite vers des climats professionnels plus cléments en atteste… comme l’apôtre Pierre, j’ai renié Notre soit-disant « gouvernement démocratiquement élu » par trois fois… et je n’ai pas l’intention de demander pardon). Ce que je sais par contre, c’est que le modèle de société à l’africaine n’est tout simplement pas adapté aux réalités économiques mondiales (poncif qui enfonce une porte ouverte… mais vérité indiscutable tout de même). Des réformes doivent être menées… lesquelles ? Comment ? Encore une fois, ça m’est égal pour le moment. C’est toujours et depuis plusieurs décennies le problème des Biya, Bongo, Mugabe, et leur bande de Mammouths. Bonne chance à eux.

« Neo! Tu es un mauvais africain ! Tu ne te sens pas concerné par le sort de tes semblables » me crie-t-il à la face entre deux bouchées de beignets-haricots…

Mea culpa! Je plaide coupable Votre Honneur. Je m’en bats les couilles du sort de mes compatriotes… accessoirement, on s’en battait un peu les couilles de moi aussi quand je galérais entre quatre murs au fin fond de mon bidonville (range tes faux mouchoirs, on n’a jamais ému personne moi et les miens, à part quelques téléspectateurs d’ « envoyé spécial » qui s’écriaient en regardant leur télé « Oh mon Dieu comme c’est triste !» et continuaient paisiblement leur diner comme si de rien n’était).

Si Charles Darwin vivait encore, il observerait avec beaucoup d’amusement les différentes espèces qui se débattent sur notre chère Planète. Dans son laboratoire, il aurait répertorié les caractéristiques de chaque peuple et leur capacité de survie en environnement hostile… il aurait trouvé ici une bonne application à sa théorie de l’évolution qui énonce la chose suivante: « ce n’est pas l’espèce la plus forte qui survit… mais la plus prompte à s’adapter ».

Si Darwin vivait encore il aurait consacré un lourd volume à chaque Nation en analysant minutieusement sa démographie, son système politique, son économie, ses valeurs, son Histoire etc… à la fin de chacun de ces volumes Darwin se serait fendu d’une conclusion imagée sur l’avenir de l’espèce en question. A la fin du livre sur l’espèce africaine tu aurais pu lire la conclusion suivante « cette espèce est une forme un peu plus évoluée des Mammouths… comme eux, ils ne se doutent même pas que l’holocène approche à toute vitesse»

Ma plume s’est laissée emporter pendant plusieurs paragraphes sur ce sujet qui n’est, en vérité, qu’ indirectement lié à ce que je veux traiter ici.
Recommençons donc…

« Travaillons tous main dans la main pour le bien de notre village »

Le nouveau directeur, qui a repris les rênes de l’immense mastodonte (maintenant privatisé et devenu filiale d’une multinationale) dans lequel notre jeunot a été recruté, avait cette réplique en horreur. « voilà l’origine du mal… le péché originel… voilà la pomme que nous n’aurions jamais du croquer… » s’était-il écrié devant les 400 cadres les mieux payés de l’entreprise. Il cherche des yeux le Sous- directeur à la Gestion du Personnel :

« Vous ! crie-t-il presque, accusateur, savez vous d’où vient le problème ? Le problème vient du fait que nous gaspillons beaucoup d’argent, du fait que nous payons trop chers des individus qui non seulement créent peu de valeur dans cette administration mais contribuent à en donner une mauvaise image par l’adn corruption inscrite dans leur patrimoine génétique. Nous avons trop de plantes vertes dans notre entreprise. Ce n’est d’ailleurs plus une entreprise… mais une gigantesque plantation en friche qu’il m’est donné de diriger. »

Le Directeur du personnel se laissait couler dans son fauteuil… il aurait fait offrande de sa femme à Bill Clinton pour être ailleurs… dans l’espace-temps.

« Notre problème, c’est que nous avons trop de boulons interchangeables dans cette entreprises. Je ne veux pas de boulons. Je veux des cerveaux. Bordel!!!! Des gens capables d’apporter des solutions à des problèmes complexes… des gens capables de me regarder dans les yeux et de me dire « on devrait changer ça… ça ne marche pas »… des rebelles quoi… des pirates… pas des beni oui oui incapables de prendre leur courage à deux mains et de dire au roi qu’il est nu »
« Puisque tous ces boulons ne créent pas de valeur et qu’on les paie une fortune à exécuter des tâches d’administratifs dépourvus d’imagination… qu’on externalise ses tâches à faible valeur ajoutée vers des sous-traitants extérieur, et qu’on me vire tous ces bons à rien.»

Et voilà le roman de ces 15 dernières années. Roman simplifié, certes, mais loin d’être simpliste. Voilà pourquoi notre jeunot a reçu un matin une lettre de licenciement aussi sèche qu’un harmattan venu du Sahara…

Les entreprises publiques africaines sont mortes. Elles étouffent en leurs seins les futures stars du management. Elles tuent dans l’œuf les ambitions. Elles imposent des règles pour standardiser la progression de ta rémunération et de ta promotion… pour paver le chemin de ton évolution… avant d’aller de A à F il faut passer par B, C, D et E. Pas d’exception à la règle. Après être passé dans le moulin de l’administration africaine pour une ablation de la glande créative et une castration en règle du Manche (l’organe responsable de prises de risques excessives), tu deviendras un abbé du management… comme le sont 98% des cadres élevés à l’école de la gestion africaine.

Entre une petite entreprise et une grande administration, je choisirais toujours la petite entreprise.
Entre une expérience sur place et une expérience à l’étranger (fut-ce en Alaska), je préfèrerais toujours la banquise nordique.

On apprend plus. On se fait plus de fric. On s’amuse plus.

2 Commentaires Pourquoi je ne retournerais pas occuper un poste dans mon pays (Partie 2/2).

  1. SDL

    Je pense qu’aujourd’hui la donne est entrain de changer, des jeunes diplomés d’ecoles ou d’univ etrangères avec un min d’expériences ne visent que très rarement la fontion publique…c’est l’heure de l’entrepreunariat, de l’externalisation vers l’Afrique…avec une clientèle internationale, des fonds d’investissements, des ONG…

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