Black success story episode 4 : Malamine Koné, fondateur de la marque de SportWear Airness

Il avait quitté le Mali à dix ans, analphabète. Il y revient pour être reçu par le président de la République, riche de revenus personnels annuels de 10 à 12 millions d’euros, et offre dispensaires et écoles à son pays.

 

Airness fait figure de nain à côté de grandes marques de sport telles que Nike, Adidas, Puma…, mais Malamine Koné a bien bousculé l’ordre établi en imposant sa marque de vêtement de sport. Il est le premier équipementier du football français.

Malamine Koné est un miraculé, comme son père, Malien arrivé en France après avoir traversé le désert d’Algérie. Son fils, né en 1971 dans le village de Niéna au Mali, le rejoint alors qu’il a dix ans, analphabète. Il rattrape vite son retard pour décrocher un Diplôme d’études universitaires générales de droit et rêve de devenir commissaire de police.

Las ! Comme beaucoup d’immigrés, c’est par le sport qu’il s’impose. La boxe. Il est deux fois champion de France amateur des moyens en 1994 et 1995 et est présélectionné pour les Jeux olympiques d’Atlanta en 1996. Il n’ira pas. « En 1995 j’ai eu un accident de voiture qui m’a valu douze opérations au genou. Fini, mes ambitions dans la police ou même dans la boxe. Il a fallu que je rebondisse. Alors j’ai décidé de me lancer en 1999 dans la création d’une marque de sport : Airness ».

Trop vite dit. La convalescence est longue, propice à la réflexion. Mais il faut aussi vivre. Sitôt debout, il se lance dans la vente de vêtements au marché aux puces. Ces premiers pas et l’essor naissant des marques Dia, Com 8 dans les banlieues, le poussent probablement à viser plus haut, à rêver à sa propre marque de vêtement pour les jeunes de la banlieue. Il dessine cinq modèles de sweatshirts, mais n’a pas d’argent pour les réaliser. Il réussira à les faire confectionner à crédit. Chaque pièce lui est facturée 100 euros.

« A la fin, le gérant du magasin Sport 2000 se demandait si je ne venais pas pour le braquer. »

Reste à les vendre. Le marché aux puces n’est pas le lieu le mieux indiqué. Il va démarcher la chaîne de magasins Sport 2000. Il est fraîchement reçu. Congédié, il ne renonce pas. « Je suis allé voir dix fois de suite ! A la fin, le gérant se demandait si je ne venais pas pour le braquer. A un moment donné il en a eu marre, il m’a demandé de laisser mes vêtements au magasin en dépôt-vente. Je lui ai dit que j’allais faire mieux que ça. Je les lui ai offerts en lui laissant juste mes coordonnées. Il m’a rappelé le soir même pour me dire qu’il avait besoin de 50 pièces. Il avait tout vendu. »

Jordan

Premier succès dès le début certes, mais il est encore loin d’une marque de sport. C’est peut-être son idole, le basketteur noir américain Michael Jordan qui l’inspire. Il est au faîte de la gloire, survole les parquets américains au point d’être surnommé « Airness », tant il défie les lois de la pesanteur en semblant suspendu interminablement dans les airs. Ce sera le nom de sa marque.

L’emblème est tout trouvé. La panthère était son surnom de boxeur. Reste à trouver son Graal. En l’espèce, une idée lumineuse. Il réalise que le contrat des grandes marques de sport ne concerne pas l’habillement des sportifs hors des stades. Le voici donc à même de bénéficier de la notoriété de sportifs rémunérés à des millions d’euros par Adidas, Nike, Puma… pour presque rien. C’est aussi tout « bénef » pour les sportifs eux-mêmes, arrondissant leurs revenus et s’habillant gratuitement hors des stades.

Le premier à se laisser convaincre est un ex-condisciple d’école, le footballeur Steve Marlet, à l’époque joueur de l’Olympique de Marseille. Dès la fin des matchs, il enfile son t-shirt Airness pour se prêter aux interviews. Il ne touche pour deux années de contrat que 10 000 euros. C’est six fois moins que les tarifs qui se pratiquent à l’époque. D’autres footballeurs font encore mieux. Christophe Dugarry et Luis Fernandez acceptent de porter le t-shirt frappé de la panthère, sans contrepartie financière.

Il ne dort pas sur ses premiers lauriers. Toujours plus ambitieux, il squatte pratiquement les stades et surtout leurs vestiaires. La persévérance. Payante, comme toujours. Il a la main et aussi le flair heureux en recrutant Djibril Cissé en 2001, pour un véritable contrat de représentation de 100 000 euros pour deux ans. Cissé n’est pas encore la vedette adulée du football français. Tout au plus un destin prometteur, mais il y en a tellement qui ne confirment jamais. Pourtant le joueur de l’AJ Auxerre explose, empile les buts et surtout promène un look inégalable qui en fait la star incontestée du championnat français.

La panthère a désormais bondi et, telle Jordan, semble ne devoir jamais retoucher terre.

Toujours plus haut

« Airness signifie toujours plus haut, toujours plus fort. Airness signifie également “no limit”, aller au-delà de ses limites. Quant à la panthère, c’était mon surnom sur le ring quand je faisais de la boxe. Aujourd’hui, c’est tout un état d’esprit ».

Les signatures prestigieuses se multiplient. Didier Drogba par exemple qui deviendra une superstar à Marseille avant de traverser la Manche pour Chelsea, la prestigieuse équipe du milliardaire russe Abravomich.

Après les joueurs, place aux équipes. Celle du Mali, son pays d’origine, en 2005, celles d’équipes européennes aussi. Pour la saison 2006-2007, il s’offre en France, Rennes, Nantes, Lille, Valenciennes, Genk en Belgique, Boavista au Portugal, Fulham en Angleterre. Les équipes nationales africaines du Cap-Vert, de la République démocratique du Congo, du Burkina Faso, du Congo, du Bénin, du Gabon et de la Guinée s’y ajoutent.

La marque s’étend aux autres sports avec les équipes de basket-ball de Levallois SC et de Nancy, l´équipe de rugby du CS Bourgoin-Jallieu, les joueurs de tennis russes, Nikolai Davydenko et Nadia Petrova.

« Quand vous traversez le Mali, vous vous rendez compte de la valeur de l’eau du robinet. »

L’enfant du Mali roule désormais en Mercedes avec chauffeur, et ses bureaux se trouvent à deux pas de la chic et chère avenue Montaigne de Paris. Son chiffre d’affaires est monté en flèche. 5 millions d’euros en 2002, 30 millions en 2003, et en 2005, 150 millions. Une misère face aux quatorze milliards de dollars de Nike, mais cela n’émeut pas Koné. Où Puma en était-il il y a cinq ans , rétorque-t-il sereinement. En attendant, il dispose bien de 2000 points de vente en France et se diversifie dans de nombreux secteurs d’activités comme le sportswear, les chaussures, les chaussettes, les lunettes, la papeterie et la bagagerie scolaire, la petite maroquinerie et les stylos, les montres, le linge de maison, la téléphonie mobile…

Assez pour que le prestigieux hebdomadaire anglais Time Magazine lui consacré deux pages entières en juin 2006.

Le monde des affaires est hélas féroce et rien n’y est jamais définitivement gagné. En septembre 2006, l’Expansion a critiqué le « manque de transparence de sa structure » et mis en exergue des retards dans les livraisons à des clients d’Airness qui a aussi arrêté de fournir quelques équipes de football. Rien de grave, assure Koné, qui en a vu d’autres.

« Quand je retourne au Mali, je vais toujours au village, je mange toujours à la main. C’est comme ça que j’ai grandi. Après, c’est une question d’éducation. Je pense connaître les vraies valeurs de la vie. Je ne mets pas de barrières entre les gens et moi, car nous sommes finalement tous pareils. »

C’est qu’ayant beaucoup appris, Koné semble n’avoir rien oublié. C’est son plus sûr atout. « Quand vous traversez le Mali, vous vous rendez compte de la valeur de l’eau du robinet. Vous vous rendez compte de la chance que vous avez et la nécessité d’éviter tout gaspillage. J’estime même ne pas avoir le droit de laisser filer le temps. »

Malgré le double handicap de l’Afrique et des cités, Koné a réussi le pari fou d’avoir la première marque française de vêtement de sport tout en restant authentiquement lui-même.

Par Lesafriques.com

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