[Black Success-stories] episode 1 : Ozwald Boateng.

Dans la série jeune, noir et riche que j’inaugure aujourd’hui,  j’ai choisi de vous parler de ces personnalités du monde politique, du business, de l’entertainment, du sport, que j’admire et auquel les jeunes devraient aspirer à ressembler. En tant qu’immigrés(ou fils d’immigrés), et de surcroit africains, l’un de nos énormes déficits est l’absence de modèles de réussites auxquels nos jeunes peuvent s’identifier . Il existe très peu, et comme disait Joseph Joubert, les enfants ont plus besoin de modèles que de critiques… So, let’s go!

Au risque de tomber dans la caricature, je commencer par rendre à César ce qui lui appartient et à Jim Young de “Boiler Room”, ces propos désarmants de lucidité et de bon sens:

Je veux vous parler de l’apparence. La plupart d’entre vous vous habillez comme de la merde. Je ne sais pas quelle est votre situation financière en ce moment, mais vous devez vous acheter au moins un costume décent. Il y a un niveau minimum de professionnalisme esthétique que nous devons avoir ici. Dans quelques mois, vous serez en mesure d’équiper l’ensemble de votre garde-robe, mais pour l’instant, procurez-vous quelque chose pour vous maintenir. Il y a une phrase importante que nous utilisons ici et je pense qu’il est temps que vous l’appreniez tous. « Agir comme si! ». Comprenez-vous ce que cela signifie ? Agissez comme si vous étiez le PDG de ce putain de cabinet. Agissez comme si vous avez une bite de 25cm. Agir comme si! Pour le faire correctement, vous devez au moins avoir le look approprié. Alors, Sapez-vous!

Tu t’es toujours demandé comment faisaient ces autres renois pour séduire recruteurs et ces amazones chasseresses qui font la pluie et le beau temps sur les départements des Ressources Humaines. Tu t’es souvent demandé comment ils ont pu éliminer cette sale image de racailles, de banlieusards paumés ou d’immigrés sans-papiers qui nous collent à la peau? Comment ils avaient pu devenir des stars du World Business ? C’est très simple : Ils ont bien compris les règles du jeu de l’apparence. Je m’en vais te faire partager ici leur passion pour les créations de l’un de ceux qu’ils considèrent comme le parangon, pour ne pas dire le modèle, du jeune noir chic… as Mohamed. Ali would say:

I am America. I am the part you won’t recognize, but get used to me. Black, confident, cocky — my name, not yours. My religion, not yours. My goals, my own. Get used to me.

Dans ta future vie de jeune cadre de multinationale, en plus de ton iPhone ou de ton Aston Martin, ton costume sera pratiquement ton outil de travail et presque ta deuxième peau. Tu as donc intérêt de t’y connaître un peu, sous peine de passer pour le petit plaisantin qui va chez encore acheter ses costumes trop grands chez H&M.

Tu imagines, toi, James Bond en soirée avec une coupe de champagne de Cristal Roederer sans son célèbre costard Brioni ?

Bien, tu viens de comprendre l’intérêt de ne pas arriver en entretien d’embauche ou devant ton Big Boss sapé avec n’importe quoi sur le dos.

Parmi les couturiers les plus en vogues, et parce que ta culture du Beau est tout aussi importante que ta compréhension des rouages du système économique mondial, voilà un portrait de celui qui a rajeuni Savile Row, j’ai nommé Ozwald Boateng, une valeur sûre et aussi un exemple de réussite pour nous tous…

Son histoire est digne du storyboard d’un film hollywoodien, puisque Ozwald Boateng, né en 1967, d’origine ghanéenne, se rendra compte de l’importance du style dans son enfance, quand sa mère l’obligera à bien s’habiller pour aller à la messe le dimanche. Il étudiera ensuite l’informatique à Londres. Son vif intérêt pour la couture sera provoqué par hasard, par sa petite amie de l’époque, qui lui apprendra comment fabriquer ses propres vêtements.

Poussé par cette même petite amie, aidé par une mère couturière, et prenant pour modèle Giorgio Armani (qui deviendra d’ailleurs un de ses amis), Boateng abandonne ses ennuyeuses études de geek et se lance dans son rêve en vendant à 17 ans ses premiers vêtements (malgré un père qui voulait en faire un avocat).

A force de travail (qui sera récompensé dès 1996 par la récompense du “Best Male Designer” des Trophées de la Mode), il réalise enfin son fantasme en 1997 : ouvrir sa boutique à Savile Row, véritable mecque du costard pour Homme. A cette époque, les tailleurs de Savile Row sont connotés vieillots et tristes. Comme tout bon futur millionnaire qui se respecte, Ozwald Boateng n’a pas fait dans la dentelle en matière d’ambition : Dès mes débuts, je me suis fixé pour ambition de changer le point de vue des gens sur Savile Row et le métier de tailleur.” Il appliquera aussi un principe cher à tout aspirant businessman : avoir une vision forte et différente par rapport à ce qu’on trouve dans le marché. Pour toi un costume est forcément noir et chiant comme un enterrement d’un lointain oncle ? Pas pour lui, voici ce qu’il en pense :   ”Quand j’ai commencé à travailler, être élégant signifiait s’habiller triste ! Or à mes yeux, un costume doit rendre un homme aussi sexy et sûr de lui qu’une femme peut l’être lorsqu’elle porte une robe qui la met en valeur. Et pour cela, le savoir-faire ne suffit pas : il faut un regard de créateur. “ Et il s’y tiendra à cette vision. Ses costumes si particuliers (nous verrons pourquoi plus loin) seront encensés par nombre de stars : de Brad Pitt à Keanu Reeves, en passant par Will Smith ou Lambert Wilson, tous auront été habillés au moins une fois par Boateng. Il se payera aussi le luxe de voir ses costumes utilisés dans des blockbusters ricains : James Bond, Ocean’s Eleven, Irresistible Alfie, ou encore Miami Vice.

Dès lors, les succès s’enchaînent pour lui : il va considérablement rajeunir la ligne homme de Givenchy en tant que Directeur artistique de 2003 à 2006, et s’offrira une belle collection de trophées dans son salon : Top Menswear Designer par les British Fashion Awards (2002), honoré par l’Ordre de l’Empire Britannique (rien que ça !) pour son impact dans la mode (2006), Fashion Personality of the year par les Mayfair Times Award (2008).

Tu en veux encore ? Récemment il a même été inclus dans la liste des 100 Great Black Britons. Sa médiatisation atteindra des sommets avec son documentaire dédié : House of Boateng.

Oui, Ozwald Boateng est l’exemple parfait du négro qui a tout réussi alors qu’il faisait initialement parti de la “population moyenne”. Comme quoi, il n’y a pas qu’en faisant du business avec des produits dérivés complètement alambiqués, ou en faisant de longues études que l’on réussit professionnellement…

Sortant des traditionnels et ennuyeux costumes gris, il apparaît en public avec un style immédiatement reconnaissable : toujours impeccable, mélange de classe et d’audace :

A la fin de ses défilés, il fait toujours preuve d’une décontraction et d’un détachement exemplaire :

Prends en de la graine, inspire t’en, au lieu de présenter tes créations ( ou tes idées) d’une manière monotone et fade…

Venons en à ses costumes, le coeur du sujet. Ozwald Boateng possède trois lignes : O-Z, Boateng, et Ozwald Boateng Bespoke. Les deux premières sont à chier, intéressons-nous uniquement à la troisième.

Le facteur principal de son succès est d’avoir transcendé les costumes anglais et de les avoir réinterprété à sa manière : des coupes parfaites, sexy, des couleurs flamboyantes là où d’autres se cantonnent à du noir ou… du noir (et parfois du gris), et un tomber du tissu magnifique (oui mon petit, un beau tissu doit bien tomber, doit bien bouger, doit bien vivre). La silhouette du type Boateng se reconnaît immédiatement : moderne, élégance, élancée et avec des proportions harmonieuses dues au cintrage haut placé.

En plus de détails caractéristiques (poches, manches, etc…), ses costumes se reconnaissent par une doublure fluo de la veste, toujours pour se différencier avec bon goût d’un costume terne. L’effet est terrible, surtout quand tu marches et que les pans de ta veste s’entrouvrent avec légèreté, comme si c’étaient des plumes, laissant apercevoir un violet vif ou un bleu turquoise…

Prix d’un costume : environ 1300 € en prêt-à-porter. Quoi! tu ne pensais tout de même pas que ça valait à peine plus cher qu’un costume Zara ? Ah, je suis rassuré…

Oui mon petit, tu n’as maintenant plus aucune excuse pour négliger ton apparence, et t’habiller comme un sac de patates…

Pour conclure, j’aimerai vous rappeler une vérité toute simple, celle du genre à ne jamais oublier (mais à toujours se rappeler), sortie de la bouche même du maître :

If you feel good, you look good; it’s simple really.

3 Commentaires [Black Success-stories] episode 1 : Ozwald Boateng.

  1. pj

    Slt mec je vais réagir non pas pour commenter l’article mais pour l’ensemble de l’oeuvre. Je visite le blog bientot depuis plus 1mois et je l’ai presque parcouru ds sa globalité. Chapeau pour le contenu vraiment.
    Mes questions:
    à qd tn idée business…?
    angazamag pourquoi l’avoir crée exactement..? tva migrer définitivement?

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  2. Neo

    @ PJ,

    Mon idée de business est en route… Rendez vous dans quelques années peut être. 🙂

    J’ai créé angazamag pour apporter un peu d’air frais dans la blogosphère afro, et parce qu’il y a des sujets sur lesquels j’ai quelques fois envie de m’exprimer et qui n’ont pas vraiment leur place sur immigrechoisi.com

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  3. Mans

    Salut Mec,

    J’en parlais encore hier avec un de mes mentors (blanc!) et qui me disait que rien que le fait que je me ballade en costard au bureau m’élevais au dessus de tout mes collègues (je travail dans la banque mais dans les services administratifs donc les gens s’en foutent un peu de la manière de se fringuer!!!) et que même un mec raciste aurait tout de suite du respect!

    T’as fini de me persuader qu’effectivement, l’habit fait le moine, et que surtout pour des jeunes blacks, ça permet de suite d’avoir une longueur d’avance!!

    En tout cas je connaissais pas cet Ozwald Boateng mais bel article!(Je viens de découvrir ton blog et ça apporte un BOL D’AIR, je me dis, enfin un mec qui nous comprend!)

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