Il faut tout un village pour élever un enfant…même en Occident.

« Dietrich Bonhoeffer disait : pour évaluer les valeurs morales d’une société, il suffit de regarder comment elle traite ses enfants »

Puis-je m’adresser à vous tous les villageois ? Prenez place autour du feu, installez vous sous l’arbre à palabre. Je veux vous parler au pieds du baobab comme du temps de nos bonnes nuits africaines où nos vieillards nous racontaient des contes sous le ciel étoilé.

Comme le dis si bien le vieux dicton africain, « il faut tout un village pour élever un enfant ». Celà sonne bien n’est ce pas? Cependant, je suis de plus en plus sceptique quant à son application pratique de nos jours, particulièrement dans les pays riches. Je pense qu’il semble y avoir un peu de confusion quant à savoir qui sont les enfants du village et qui sont les anciens du village. Un exemple pour illustrer ceci: je me promenais l’autre jour dans le quartier quand je suis tombé sur une bande de jeunes enfants qui s’amusaient dans un jardin public. Ils écoutaient du rap assis sur un banc public. Les uns fumaient des pétards, buvaient des bières en canette tandis que les autres s’embrassaient. Rien de bien étrange à tout ça n’est ce pas ? Sauf que, ce qui est assez remarquable à mon avis, c’est que le plus âgé d’entre eux devrait avoir 14 ou 15ans, et j’ai été également frappé par le fait qu’ils étaient dans un lieu public, et entourés d’adultes. Voilà, c’est là l’une des premières différences entre les enfants qui grandissent en occident aujourd’hui et ceux de là où j’ai grandi.

Je n’ai certainement pas été l’ado le plus saint qui soit, tout comme je n’ai jamais été un véritable adolescent rebelle. J’ai joué à tous les jeux bizarres, je me suis bagarré, fait des croche-pieds aux autres enfants, et développé une affinité choquante pour les citations blasphématoire autour de mes 10 ans. Toutefois, je il ne me serait jamais venu à l’esprit d’utiliser ce langage à proximité d’adultes ou de faire toutes mes conneries en leur présence. Sortir une cigarette à coté d’un adulte, était à peu près aussi peu risqué que tenter d’embarquer sur un vol American Airlines en portant un tee-shirt « I love Al-qaida ». Qu’est-il arrivé à l’autorité des adultes aujourd’hui? Qu’est-il arrivé aux enfants pour qu’ils n’aient plus peur des adultes? Le fait que les jeunes aujourd’hui se fichent autant de ce qu’ils disent, font, et de qui les regarde ou les entends est vraiment inquiétant. Et je suis certain que nous avons tous vécu une scène similaire. Nous nous sommes tous retrouvés dans le bus ou le métro avec des jeunes qui n’ont aucune scrupule à pousser grands cris, à parler fort, utiliser un vocabulaire grossier ou discuter ouvertement de leurs exploits sexuels, réels ou imaginaires. Et ce que pouvaient penser les personnes âgées, les femmes, les enfants qui les écoutaient, avait autant de valeur à leurs yeux qu’un ticket de métro parisien composté un jour de grève.

Toutefois, cela m’amène à l’idée du paradoxe du Village. Je ne pense pas que c’est uniquement de la faute des jeunes. Une partie du problème, et probablement la partie principale, c’est que les adultes, les anciens du village, regardent tout cela se passer et ne sont même pas fichus d’avoir la moindre réaction. Tout comme moi lorsque j’ai rencontré ces enfants l’autre jour, je n’ai pas pris la peine de m’arrêter et de leur parler et de leur dire qu’ils devraient avoir honte d’eux-mêmes, qu’ils sont la honte de leur famille, ou que j’allais dire à leur papa. J’ai simplement continué à marcher en secouant la tête d’un air dégoûté. Mais finalement, comme tous les passagers dans les bus et le métro chaque jour, je n’ai rien fait. Pourquoi? Parce que nous sommes en Europe et que les mentalités sont différentes. Il est fort probable que ma réaction aurait été tout autre si j’avais été en Afrique. Alors, s’il faut tout un village pour élever un enfant et que le village a peur ou est indifférent, ne sommes nous pas en train de nous égarer? Mais d’autre part, je ne peux pas être trop dur envers les anciens du village parce que le jour où vous tenterez de corriger un enfant du village, leur mère ou leur père est susceptible de venir vous botter le cul. Le jour où vous essayerez de corriger un gamin, vous êtes susceptibles de vous retrouver en garde à vue dans un commissariat, ou bien avec un procès au cul. Il m’est arrivé de lire sur des forums enseignants ou d’entendre dans les médias, des histoires d’enfants dont les parents ne venaient jamais aux rencontres parents-enseignants, mais pour peu que leur enfant ai des ennuis, alors ils étaient les premiers à débarquer, prêts à défendre bec-et-ongles leur enfant et dire pourquoi tout le monde avait tort, excepté leur morveux chéri. Petit morveux qui avait probablement juste besoin d’une bonne baffe dans la gueule pour lui remettre les idées en place.

Je me souviens de l’époque où j’étais à l’école primaire au Cameroun, il y avait eu cette maman qui était venue à l’école et avait administré une bonne fessé à son gamin devant tous les autres élèves de la classe simplement perce que ce dernier avait osé insulter son professeur. Vous pouvez parier que ce gamin n’a plus jamais eu de problème avec l’autorité des adultes. Entre ces élèves qui agressent des professeurs tandis que d’autres observent et enregistrent la scène à l’aide de leurs téléphones cellulaires, ces autres qui font des carnages sauvages sans raison apparente, je suis plus certain que jamais que nous sommes dans le pétrin. J’aurais bien aimé bien avoir la solution. Est-ce parce l’occident a abandonné les châtiments corporels? Sont-ils trop occupés à être des amis pour leurs enfants plutôt que leurs parents? Avec autant de familles monoparentales, les parents sont-ils trop occupés à élever correctement ces enfants? Est-ce l’absence de pères dans la vie de ces enfants? Ou peut-être l’éternel bouc émissaire fourre-tout qu’est le hip-hop et sa culture (imaginaire ou réelle) de gangs, de violence dans la rue? Qu’est-ce qui a si radicalement changée la dynamique enfant-adulte en une seule génération? Je n’en ai aucune idée. J’ai vu dernièrement un épisode de « Super Nanny» au sujet des enfants incontrôlables et elle parlait de cette technique à utiliser pour négocier avec les enfants et les amener à faire ce que vous voulez. J’étais genre : négocier ????!!!!! Are you kidding me? wtf?? Comment en est ton arrivé là?

J’admire ces parents qui font bien leur travail parce que ce n’est pas être facile. Les enfants ont des influences, et l’accès à des choses, à des technologies dont on ne rêvait même pas il y a 20 ans. Donc, continuez votre bon travail. Mais quand je regarde la plupart des enfants en occident de nos jours, beaucoup de parents ont oublié le proverbe ancestral. Beaucoup ont oublié qu’en tant qu’adultes, c’était à eux de montrer l’exemple et être des modèles  pour les enfants. A ceux là, je dis: Occupez vous vos putains de gosses…avant qu’ils ne m’agressent dans la rue ou dans le métro 10ans plus tard!

Alors mes chers villageois, que va t-on faire? Les enfants frustrés et marginalisés, exécutent leur petit spectacle et nous avons peur de l’issue de certains d’entre eux. Je ne sais pas quoi faire. Je n’ai pas de réponse (ce qui n’a rien de nouveau). Mais ce que je sais, c’est, que je n’aimerais pas qu’un de mes proches soit un de ces petits fauteurs de merde qui servent d’alibi à l’extrême droite, ces caillasseurs de bus qui justifient la politique de répression policière du gouvernement. Ne laissons pas les choses empirer…

2 Commentaires Il faut tout un village pour élever un enfant…même en Occident.

  1. permisapoint

     » Occupez vous vos putains de gosses…avant qu’ils :ne m’agressent dans la rue ou dans le métro 10ans plus tard! »

    Je crois que cette phrase exprime bien la frustation que bon nombres d’occidentaux ressentent.L’ education est devenue une affaire privée et non plus collective comme en referance au village.Donc chacun est libre d’ éduquer son enfant comme il veut ce qui entraine des disparites et un manque de cohesion au niveau des comportements.
    De plus, le champs d’action est devenu tres limité en matiere de correction, soit a cause de la peur de se faire tabasser par un parent, soit a cause du droit, comme cité dans ton texte.
    Consequence:la communauté (autres parents, professeurs…)ne peut plus assurer son role d’education et elle doit subir les déviances de cette non assistance en matiere educative.

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  2. Toine

    Bonjour,
    Même si je ne vous connais pas, je vous salue et commence mon message par Bonjour.
    Le simple fait que je poste ici un commentaire, noue un lien entre vous et moi.
    Cette absence de lien entre les personnes qu se côtoient dans notre société comme le bétail va à la mangeoire, sans s’occuper de ses concitoyen est le drame de notre société moderne.
    Si vous voulez remédier à cette débâcle, réapprenez à tisser des liens. Rallumer la petite flamme au cœur de vos proches et vous verrez alors seulement les enfants se passionner pour ce que vous pouvez leur apprendre. Et votre enseignement ne sera plus un dressage qui les écœure et qui les révolte, mais un savoir-faire qui leur aura été transmis et dont il seront fiers.
    Nos enfants ont besoin de retrouver leur dignité et leur fierté comme nous avons besoin d’eau dans le désert. Rendez leur cette petite flamme, rendez-leur leur honneur, ils y ont droit.

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