Indignez-vous?! Ces idées des parents qui ont enfoncé la génération Occupy Wall Street

Les étudiants londoniens s'opposent aux projets de réforme de l'éducation ainsi qu'au relèvement des frais universitaires. © Reuters

Ces derniers mois, tout un tas de gens, la plupart ayant entre 20 et 35 ans, ont protesté et manifesté régulièrement dans toutes les grande villes américaines, et Européennes, Africaines, et même jusqu’au moyen-orient. De New york à Tunis, d’Athènes à Kampala, les jeunes descendent dans la rue fréquemment dans la rue. tantôt pour revendiquer de meilleurs conditions de vie, tantôt pour réclamer plus de démocratie, tantôt pour pour protester contre les multiples programes d’austérité imposés pas les marchés financiers à cause de la crise. En y regardant de plus près, il se trouve que le ressenti vis à vis de l’avenir n’est pas le même chez tous les « contestataires ». Alors que tous les sondages révèlent que les jeunes occidentaux sont en majorité profondément pessimisme vis à vis de leur avenir, les jeunes d’Afrique et des pays émergents sont eux au contraire profondément optimistes. Ce pessimisme des jeunes indignés occidentaux, contraste fortement avec le vent d’optimisme qui souffle chez les jeunes indignés des pays du Sud.

Pourquoi toute cette colère chez certains ? Pourquoi cette peur bleue de l’avenir? Pour tout un tas de raisons, dont certaines sont partiellement de la faute de nos parents respectifs.

Voyez-vous, j’appartiens à la génération Y, la génération des enfants nés dans les années 80, les digital native nés avec une souris d’ordinateur, qui maitrisent mieux Facebook et twitter que personne, et pour qui protester, manifester pour une cause, c’est d’abord blogger, tweeter, partager sur Facebook, boycotter un produit ou un service. Contrairement à nos parents et grands parents nés du baby-boom, de l’après guère, de l’indépendance, de la décolonisation, nous n’avons pas connu l’ère du plein emploi, de la croissance non stop. Nous sommes nés dans un monde où la plupart des guerres et conflits ne sont plus armés, où les ennemis ne sont plus clairement identifiés et connus. Mais dans un monde globalisé où les frontières n’existent plus que dans les vieux livres d’histoire, et où la résistance, la dissidence s’organise en petites communautés virtuelles éparpillés de par le monde et indépendantes les unes des autres et partageant généralement une même philosophie.

Et comme les générations  qui nous on précédé, nous essayons d’écrire l’histoire à notre façon. En prenant le relais, en acceptant l’héritage de nos parents, et en essayant de faire mieux qu’eux. Mais en tant qu’africain, je constate que je suis beaucoup plus optimiste vis à vis de mon avenir pour une simple raison : je suis quasi-certain d’avoir une vie meilleure que celle de mes parents, contrairement à mes amis occidentaux.

Je vois donc honnêtement cinq fausses promesses de la génération précédente qui me font dire que  la génération occidentale actuelle est une génération « sacrifiée »…

# 5. Se taper les boulots manuels? La honte!

Au cours d’une des nombreuses manifestations du mouvement «Occupy Wall Street», quelqu’un du Chicago Board of Trade (la Bourse de Chicago) a déversé des formulaires de recrutement McDonald sur les manifestants . Cela m’a fait penser à un post-viral qui circulait il y a peu sur Facebook :

Via Weknowmemes.com

Car oui, les jeunes ont légitimement raison d’être en colère. Comment ne pas l’être quand vous grandissez avec vos parents qui vous répètent sans cesse que si vous ne voulez pas finir ouvrier à l’usine toute votre vie, vous avez intérêt à faire des études supérieures. Sauf qu’après un bac+5, vous vous retrouvez au chômage et vous faites traiter de fainéants parce que vous refuser d’aller faire de l’intérim sur un chaine de montage Renault ou faire le Vigile dans un supermarché. Car oui il ya 30ans, personne n’était « trop qualifié » pour faire un boulot quelqu’il soit!

Je me rappelle il n’y a pas longtemps, quand je travaillais à la caisse d’un supermarché. La plupart des gens (les personnes âgées pour la plupart) en apprenant que j’étais Bac+5 faisaient de grand yeux l’air de dire « What the f**k are you doing here? ».

Certains vieux essayaient tant bien que mal de me rassurer que ça ira mieux tandis que j’étais là à essayer de leur expliquer pourquoi je devais bosser dans un supermarché pour gagner ma vie malgré mes diplomes. Il est clair qu’à ce moment, on ne peut avoir qu’un sentiment d’échec personnel, et que beaucoup de jeunes dans cette situation préfèrent aller toucher les aides au chômage plutot que de faire un boulot pour lequel ils se sentent trop qualifiés. On ne peut que tenter de positiver sur sa propre vie, en essayant de se rassurer qu’on n’est pas nul, ou paresseux, ou n’est pas en marge de la société en raison d’un problème de drogue. Oui, j’ai eu mon diplôme. Non, ils n’embauchent pas.

# 4. Bon diplome = bon job garanti.

Donc, voilà le truc. Vous devez faire des études supérieures. Vos parents vous ont dit cela, je le dis moi même à mes cadets. Chaque prof au lycée vous l’avait dit. (« Vous ne voulez pas finir balayeur de rues n’est ce pas? »)

Et ils n’avaient pas tord, si je suis un employeur qui reçoit 300 CV de candidats pour un emploi, et 50 d’entre eux ont un Master, ce sont ceux là que je vais placer en haut de la pile, même si le boulot consiste à appuyer sur un bouton à longueur de journée et demande un QI de 0.

Le problème de notre génération est que nous avons en quelque sorte intégré l’idée qu’après le collège, la prochaine étape c’est le lycée, puis la fac ou une école supérieure, et qu’au bout, on atterrit directement à un poste pour lequel on a été formé. Nous sous-entendons (à tord) que la transition de l’université vers le monde du travail se fait de manière aussi douce et naturelle que le passage du lycée à la fac. Or ce n’est pas vrai pour une grande majorité. Et c’est de la faute nos parents si beaucoup d’entre nous pensent le contraire.

Voyez-vous, nos parents nous ont dit ça parce qu’ils ne le savaient pas eux même. Combien d’entre eux ont un diplome supérieur? Cette histoire de « tout le monde doit faire de longues études » est assez récente en fait. En 1950, dans la plupart des pays développés, moins de 10% des adultes avaient un diplome universitaire (et la moitié de nos grands parents n’avaient même pas fini le Lycée). Ce taux était proche de zéro dans les pays du Sud. Aujourd’hui, on tourne autour de 80-90%

Les gens jusque dans les années 80 étaient moins mobiles et plus susceptibles de rester dans la ville où ils étaient nés. Cela veut dire que leurs options étaient limitées, les hommes rejoignaient l’armée, ou allaient travailler à l’usine locale qui embauchait en permanence. Les femmes s’affairaient à avoir des enfants et se satisfaisaient de leurs boulots de serveuses, couturières, ou secrétaires. Les études supérieures étaient un truc réservé aux seuls enfants super doués ou aux bourgeois. D’ailleurs le bac suffisait pour se retrouver propulsé prof des écoles ou comptable. Et ils ont probablement pensé que faire des études universitaires était obtenir un billet gratuit pour un bon travail dans un bureau climatisé.

Alors, quand ils travaillaient dur et donnaient à nous leurs enfants l’opportunité d’obtenir un diplôme, ils pensaient nous donner ce que ces enfants intelligents ou issus de familles riches avaient: un job automatique avec en bonus la secrétaire bombasse.

Aujourd’hui tout le monde possède un putain de diplôme. C’est le minimum requis. Alors, quand vous franchissez enfin ce chemin de croix qu’est le parcours universitaire et entrez dans le monde du travail, c’est un choc absolu de constater que votre Bac+8 ou votre MBA à 20 000euros ne vous garanti même pas job dans votre domaine d’études… Au moins 40 pour cent des diplômés se retrouvent dans des emplois qui ne nécessitaient pas pareil diplome. Et le reste se retrouvent dans des emplois en dehors du domaine qu’ils ont étudié.

Encore une fois, je ne suis pas en train de dire que vous ne devriez pas obtenir de diplôme. Loin de là. Je dis juste que ce système que nous pensions « normal » est en train de partir en sucette. Au final, dites vous que vous n’allez même jamais utiliser 90% des trucs que vous avez appris à l’école.

Donc, oui, vous êtes frustrés et en colère à ce sujet. Et c’est avec raison.

# 3. L’adolescence à rallonge jusqu’à la trentaine…voire la quantaine, c’est cool!

À l’époque de nos grands-parents, c’était également plus ou moins évident qu’à 18ans, tu devais faire tes valises et te casser de la piole parentale pour aller construire ta vie. Quand je regarde 30 ans en arrière, je constate que tous les jeunes à peine majeurs rentraient soit dans le service militaire, soit à l’usine ou aux champs. Et à 20ans, tout le monde (ou presque) commençait à faire ses enfants; bref, à se responsabiliser. A 30ans, la plupart étaient déjà propriétaires.

Les choses se sont mise à changer avec l’arrivée de l’ère « tout le monde doit aller à l’université ». Faire de longues études signifiant rester dépendant de ses parents pour les frais de scolarité, vivre dans un coloc ou en citée universitaire pendant que les parents gardent intacte votre vieille chambre d’ado pour les vacances scolaires. Du coup, si vous vous retrouvez au chômage après la fac, vous voilà de retour chez papa-maman à 24ans, à dormir probablement dans une chambre avec des poster de Beverly Hills 90210 et des Jackson 5 sur le mur.

Récemment encore, une connaissance (qui a pourtant passé la quarantaine) me disait que ce n’est que lorsque sa maman est décédée quelques mois plus tôt qu’elle a subitement réalisé qu’elle était devenue « adulte ». Comment voulez vous grandir quand maman continue de vous faire votre linge et que papa vous donne de l’argent de poche et vous paye vos factures de portable? La dernière fois que j’ai reçu de l’argent de mes parents, j’avais…17ans. Aujourd’hui, mes amis indignés sont pour la plupart dépendants des parents. Parents qui jouissent d’un confort et d’une qualité de vie que leurs enfants n’auront probablement jamais. Comment ne pas dès los envisager de vivre comme un ado…jusqu’à ce que les parents nous lèguent leurs biens en héritage quand ils seront trop vieux pour en jouir?

Voilà donc le malheur de la génération Y. Si vous êtes nés dans un pays riche (et accessoirement de parents aisés), vous allez probablement vous indigner toute votre vie et mettre les bouchées doubles pour avoir au moins un niveau de vie équivalent à celui de vos parents. Pour ceux d’entre nous qui venons des pays émergents (et accessoirement de parents pauvres), nous avons la chance de partir de rien et l’opportunité de profiter au maximum de la croissance à venir des économies émergentes.

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