Le paradoxe de la liberté de choisir : pourquoi trop de choix tue le choix.

J’ai visionné récemment une vidéo intéréssante où psychologue Barry Schwartz s’attaque à une pierre angulaire des sociétés occidentales: la liberté de choix. Pourquoi dans ces sociétés d’abondance – où les individus se voient offrir plus de liberté et de choix (personnel, professionnel, matériel) que jamais auparavant – les gens sont-ils de plus en plus dépressifs et malheureux ? D’après lui, la liberté de choisir n’a pas rendu les occidentaux plus libres mais plus paralysés, pas plus heureux mais plus insatisfaits.

Dans son livre The Paradox of Choice: Why More Is Less (en français : Le paradoxe du choix : Comment la culture de l’abondance éloigne du bonheur ) il s’attaque à ce qu’il appelle le « dogme officiel » des sociétés occidentales. C’est à dire l’idée selon laquelle pour maximiser le bien-être des citoyens il faut maximiser leur liberté individuelle. Parce que la liberté est intrinsèquement bonne, quelque chose de valeur, et essentielle à l’être humain. Car si les gens ont la liberté, alors ils peuvent agir indépendamment, faire des choses qui maximiseront leur bien-être, et personne ne décidera à leur place. Maximiser la liberté, c’est maximiser le choix, donc maximiser le bonheur.

Plus les gens ont de choix, plus ils sont libres, et plus ils sont libres, plus ils sont heureux.

Ceci est tellement intégré dans la pensée occidentale que personne ne penserait à le remettre en cause. Pour citer quelques exemples de ce que le progrès en terme de libertés a rendu possible, il suffit d’observer un supermarché. Si j’ai envie de salade et que je décide d’acheter de la sauce vinaigrette pour ma salade, j’ai dans mon supermarché 175 sortes de vinaigrettes, sans compter les 10 variétés d’huiles d’olives et les 12 sortes de vinaigres balsamiques pour faire autant de vinaigrettes maison, au cas ou je n’aimerais aucune des 175 vinaigrettes du magasin. Voilà à quoi ressemble le simple choix de manger une salade.

Pour d’autres aspects de la vie, plus significatifs, il y a la même explosion de choix. Qu’il s’agisse de la santé, de l’alimentation, des télécommunications, du sport, du divertissement, de l’information, de la religion, des relations, et même du travail, l’on a à sa disposition une multitude de choix à chaque instant. Nous sommes chanceux de vivre dans cette société, comme le disait Carl, car grace à la technologie nous pouvons travailler à chaque instant depuis n’importe où.

Cet incroyable liberté de choix dans le travail nous impose de choisir encore et encore et encore, si vous devons travailler ou pas. Vous pouvez aller voir votre enfant jouer au foot, votre Smartphone dans la main, et l’ordinateur portable sur les genoux. Et même s’ils sont tous éteints, pendant que l’enfant joue au foot, vous vous demandez, « Dois-je répondre au téléphone? Dois-je envoyer ce mail ? Dois je écrire sur mon blog? ». Et même si la réponse est « non », rien que le simple fait de se poser ces questions rend l’expérience du match de foot très différente. Partout, dans les grandes comme les petites choses, qu’il s’agisse de choses matérielles et des modes de vie, la vie est une question de choix. Le monde d’avant ne nous offrait pas beaucoup de choix. Il y avait des choix mais tout n’était pas matière à choisir. Le monde d’aujourd’hui est tout à fait différent. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? La réponse est claire pour Barry Schwartz. Nous connaissons tous les avantages à avoir le choix. Mais qu’en est-il des inconvénients ?

Trop de choix nous paralyse.

Avoir tous ces choix a deux effets négatifs sur les gens. Un des effets du choix paradoxalement, c’est la paralysie, plutôt que la libération. Avec autant de choix, les gens trouvent difficile le fait de devoir choisir. Je vous donne un exemple parlant: une étude menée par un fond d’investissement a prouvé que pour chaque 10 fonds supplémentaires proposés par l’employeur, le taux de participation des employés diminue de 2%. En d’autres mots, quand vous offrez de choisir parmi 50 fonds, 10% d’employés de moins participent au choix que si vous offriez le choix parmi 5. Pourquoi? Parce qu’avec 50 choix possibles, c’est si dur de choisir que la plupart remettent la décision à demain, puis à demain, et à demain, et à demain, et à demain, et demain ne vient jamais.

Il en est de même dans les relations.

La paralysie est une conséquence de trop de choix.

Le coût d’opportunité diminue le plaisir d’avoir choisi.

Le deuxième effet c’est que même si on arrive à surmonter la paralysie et à choisir, nous sommes finalement plus insatisfaits que si nous avions moins de choix. Ce pour plusieurs raisons. Avec un tel choix de vinaigrettes dans mon supermarché, si j’en achète une et qu’elle n’est pas parfaite (laquelle l’est?) je m’imagine que j’aurais du en choisir une autre qui aurait été meilleure. Ces alternatives imaginées me font regretter ma décision, et le regret se soustrait à ma satisfaction, même si j’avais pris la bonne décision. Plus il y a de choix, plus il est facile de regretter les aspects décevants de son choix.

De plus, la valeur que nous donnons aux choses dépend de ce à quoi on les compare. S’il y a de nombreuses alternatives, il est facile d’imaginer les bons côtés des possibilités que vous avez rejetées et vous rendre moins satisfaits des alternatives que vous avez choisies. Un exemple : le dessin suivant en dit long.

Il montre qu’il faut vivre l’instant présent, et que quand vous choisissez de faire quelque chose, vous choisissez également de ne pas en faire d’ autres qui peuvent être très attirantes. Rien de penser à ces choses que vous auriez pu faire à cet instant rendra ce que vous faites moins attractif. Les coûts d’opportunité se soustraient de notre satisfaction même si ce que nous choisissons est extraordinaire. et plus il y a d’options, et plus elles sont alléchantes, plus ça se reflète dans les coûts d’opportunité.

3eme point: la hauteur des attentes.

Ajouter des options à la vie des gens augmente leurs attentes sur la qualité de chaque option. Ce qui produit moins de satisfaction avec les résultats, même quand ils sont bons. Lorsque j’achetais mon premier téléphone portable, on n’avait le choix qu’entre trois ou quatre modèles différents. je me rappelle avec nostalgie de mon premier mobile : un Nokia 3310. J’en était pleinement satisfait, bien qu’il fut très basique. Aujourd’hui, bien que possédant un Iphone 3G dont les capacités dépassent de loin tout ce que j’aurais pu imaginer, je n’en suis pas pleinement satisfait. Pourquoi ? Parce que de nos jours, avec autant de choix disponibles, nous attendons la perfection — au mieux le truc est aussi bien que nous l’espérions. On est rarement (voire jamais) agréablement surpris car nos attentes crèvent le plafond. Pourquoi mon Iphone n’a t’il pas un appareil photo de 10 Mpx au moins alors que Samsung en a ?

Finalement, une dernière conséquence quand il n’y a pas beaucoup de choix c’est que quand vous êtes insatisfaits et  vous demandez à qui la faute, la réponse est claire. Le monde est responsable. Mais lorsqu’il y a des centaines de choix différents, et vous en faites un qui vous déçoit, et vous demandez « qui est responsable? » c’est clair que le réponse est « vous-même ». Vous auriez pu faire mieux. Avec autant d’options à disposition, il n’y a pas d’excuse pour se tromper.

Voilà l’explication de l’explosion du nombre de cas de dépression dans le monde occidental en une génération. Une cause importante de cette explosion de dépressions, et aussi de suicides, c’est que les gens ont des expériences décevantes car leurs standards sont trop élevés. Et quand ils doivent s’expliquer ces déconvenues, ils pensent que c’est de leur faute. Bien sûr avoir du choix c’est mieux que de ne pas en avoir, mais cela ne veut pas dire qu’avoir beaucoup de choix est mieux qu’en avoir peu. Le secret est de se fixer une limite personnelle du nombre d’options qui augmentent notre bien être et d’ignorer totalement les autres. Le secret du bonheur c’est d’avoir de faibles attentes.

Par ailleurs, ce qui me frustre le plus c’est que ce qui rend possible tous ces choix possibles c’est l’opulence. Il y a des nombreux endroits dans le monde, où le problème n’est pas d’avoir trop de choix. Le problème là bas c’est d’avoir trop peu de choix. Ce dont je parle ici est spécifique aux sociétés occidentales modernes, opulentes. Ce qui est frustrant c’est que ces choix compliqués et onéreux auxquels je suis soumis non seulement ne servent à rien (ou à pas grand chose), mais en plus ils font du mal. Ils me rendent plus malheureux.

Si nous pouvions envoyer tous ces choix dans des sociétés ou les gens n’en ont pas assez, ils vivraient mieux, et nous aussi. C’est ce que les économistes appellent une « amélioration Pareto ». La redistribution des richesses rendrait tout le monde plus heureux parce que l’excès de choix est le fléau des pays riches.

4 Commentaires Le paradoxe de la liberté de choisir : pourquoi trop de choix tue le choix.

  1. rayon X

    très bon article une fois de plus …
    les points developpés st les tiens ou tirés du livre du psy?
    faut croire que ce monde est vraiment fou d’un coté des gens qui se tuent par culpabilité de leur mauvais choix et d’autres se font tués parce qu’ils ont voulu choisir
    je me permet d’ajouter un 4point l’addiction (ou le fanatisme) et je m’explique en disant si par trop de choix certains sont paralysés d’autres en choisissant ne jurent que par leur choix et ce sans se soucier du besoins à satisfaire: Avec ttes les marques de teléphone certains acheteront par exple 1 apple non pas parceque c’est un smartphone avc diverse fonctions mais tt simplement parce que c’est un « Apple » ou bien acheteront une mercedes pas parce pr ces caractéristiq mais pr son emblème.
    eeuuuuuhh en passant neo l’iphone 4g est sorti tuè en arrière loool.porte toi bien

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  2. Neo

    @ rayon X,

    Les points développés sont inspirés du contenu du livre.

    Concernant le fanatisme, je trouve que celui çi ne mène pas nécessairement à l’insatisfaction. C’est même plutôt le contraire. Les fanatiques sont ultra satisfaits de leurs choix et persuadés qu’aucun autre choix ne pourrait surpasser le leur. Les fanatiques (qui sont aussi souvent des évangélistes de leurs propres choix) ont plutôt tendance à souffrir de l’indifférence des autres qui banalisent ce que le fanatique considère comme sacré.

    ET en passant, j’ai cessé de courir après les dernières nouveautés Apple justement parce que son utilité marginale pour moi tends vers zéro. En d’autres termes, les options supplémentaires rajoutées dans les nouvelles versions d’Ipone n’ont pas assez de valeur à mes yeux pour nécessiter un nouvel achat.

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  3. rayon x

    c noté … cvrè j’avais perçu l’article coe les conséquences de trop de liberté de choix mais pas coe des sources directes d’insatisfactions …bien que les 3points (surtt les 2derniers y conduisent bien) en citant le fanatisme je voulais surtt mettre en exergue ce que d’aucun n’arrive plus à avoir « le discernement » par trop de choix.les gens ne choisissent plus tel ou tel par nécessité ou pour répondre à 1besoins urgent mais jst pr la « griffe »
    mem si un concurrent propose un prod8 meilleur(cout,options,garantie…)
    mais ce fanatisme pourrait aussi se traduire 1 immobilisme (un refus de tester d’autres) vu que ya tellemen d’offre fournissant les mem résultt pourquoi me casser la tet et ts les tester? mieux je me focalise sur 1 et g’en fais mon credo.
    toi par exple tu ne cours plus derrière les derniers « tech apple  » justement prq certaines options te paraissent futiles mais d’otre se les arracheront pr fair de fausse guerres à windows et linux loool !!!

    mais qu’a cela ne tienne j’adore ce monde avec ses embarras de choix je ne m’imagine pas ailleurs et toi ??

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  4. The lizard man

    Il y a peu de choses mauvaises en soi, tout dépend de ce qu’on en fait. A mon sens, il faut juste se mettre en mesure de vivre paisiblement dans son environnement. Pour illustrer mon propos, comme le dit l’article : « Le choix en soi n’est pas mauvais, c’est l’Homme qui bien souvent a du mal à le gérer. ».

    C’est comme le discours basique sur l’argent : « Oh, c’est à cause de l’argent que le monde tourne à l’envers ! »…Euh, nah, c’est l’usage que l’Homme en fait qui est le problème. Comme souvent, pour résoudre un problème, il faut avant tout savoir prendre la bonne perspective, se poser les bonnes questions.

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